Paris doit compter sur Bruxelles pour verdir sa relance économique

Le 02 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La France n'investit pas assez pour tenir ses budget carbone.
La France n'investit pas assez pour tenir ses budget carbone.
MTES

Pour tenir le rythme de décarbonation imposé par sa stratégie nationale bas carbone (SNBC), la France devra compter sur l'argent de l'Europe.

Les membres de la convention citoyenne pour le climat risquent d’être déçus. Malgré les promesses du président de la république de reprendre 146 des 149 propositions de verdissement faites par l’aréopage, les premiers signes de la reprise sont inquiétants pour l’environnement et le climat. Même si elles restent inférieures de 7% au niveau enregistré en février, les dépenses des ménages ont augmenté d’un tiers depuis le déconfinement. Stimulés par les aides publiques, les Français ont immatriculé plus de 200.000 voitures neuves au mois de juin.

15 milliards pour 2 ans

Est-il encore temps de mettre le cap vers un horizon plus vert que celui du monde d’avant? Une annonce d’Emmanuel Macron donne un peu d’espoirs aux économistes. Répondant aux Conventionnels, le président de la République a annoncé, le 29 juin, la création d’un fonds de transformation écologique de l’économie, doté de 15 milliards d’euros sur deux ans. Suffisant pour engager la décarbonation du business France? Pas impossible.

Selon les calculs de l’institut pour l’économie du climat (I4CE), la France doit investir une cinquantaine de milliards d’euros par an dans le «bas carbone» (énergies renouvelables, économies d’énergies, etc.) pour espérer respecter son deuxième budget carbone[1]. Nous n’y sommes pas.

«50 milliards d’euros par an, c’est 15 à 18 milliards de plus qu’en 2018», note Benoît Leguet. Bien placés, «9 milliards d’argent public peuvent générer 23 milliards d’investissement privés», estime le directeur général d’I4CE. Nous sommes donc dans les clous. Pour le court terme.

des financements pour le moyen terme

Les choses se corsent par la suite. La SNBC nous impose un 3e budget carbone (2024-2028) inférieur de 15% au précédent. Cet effort supplémentaire de décarbonation nécessitera d’investir environ 70 milliards d’euros par an. «Au-delà de 2030, les besoins sont susceptibles de croître encore, car l’essentiel des nouveaux véhicules, des logements rénovés et des infrastructures construites opteront pour des technologies bas carbone», affirment les chercheurs d’I4CE dans une note à paraître.

On l’aura compris, le «supplément vert» annoncé par Emmanuel Macron risque de se révéler insuffisant dans la durée. C’est là qu’intervient … l’Union européenne. Dans le cadre de son plan de relance, l’Union européenne va emprunter sur les marchés, 500 milliards d’euros pour le compte de ses Etats membres. Avant la fin de l’année, chaque capitale devra soumettre à la Commission un plan de relance et de résilience.

C’est au vu des besoins exprimés, nécessairement compatibles avec les principes du Pacte vert, que Bruxelles versera alors ces aides. «La Commission a déjà pré-alloué 32 milliards d’euros à la France, ce qui pourrait faire 40 à 50 milliards, pour la période 2021-2024», estime Thomas Pellerin-Carlin, chercheur à l’Institut Jacques Delors. De quoi largement financer les efforts réclamés par les budgets carbone.



[1] Fixé par la stratégie nationale bas carbone (SNBC), le second budget carbone est de 422 Mtéq.CO2 par an pour la période 2019-2023 (hors puits).