Paris 2015: le climat des négociations s’annonce délicat

Le 24 mai 2013 par Marine Jobert
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Ne pas réitérer l'échec de Copenhague.
Ne pas réitérer l'échec de Copenhague.
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Tout sauf Copenhague. La France n’est pas encore «techniquement désignée» pour accueillir la 21e conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et la 11e session de la réunion des parties au protocole de Kyoto, que sa diplomatie travaille déjà d’arrache-pied à cet événement. Et met tout en œuvre pour conjurer l’échec du round de négociations danoises, en décembre 2009. Stratégie, organisation, clivages et rapports de force… Marie-Hélène Aubert -conseillère pour les négociations internationales Climat et environnement de François Hollande- et Jacques Lapouge -ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique depuis 4 mois- ont passé en revue tous les points-clés de cette conférence qui devrait se tenir «sans aucun doute» à Paris. «La France est le seul pays candidat de son groupe géographique», ont-ils rappelé.

 

Le mot d’ordre: apporter plus de solutions que de contraintes. «Il faut trouver des propositions qui améliorent la vie des gens, la compétitivité des entreprises et incitent les Etats à respecter leurs engagements. Le Canada s’est retiré, car Kyoto ne leur rapportait rien!» décrypte Benoît Faraco, conseiller pour les négociations climatiques du ministre délégué au développement Pascal Canfin. «L’accord de 2015 sera applicable à tous, c’est ça le changement majeur», rappelle Jacques Lapouge. «Donc il faut que l’on suscite les offres les plus élevées et que tous les Etats soient en mesure de s’engager.» L’absence des chefs d’Etat et de gouvernement lors du sommet –la convention prévoit que ce soient les ministres concernés qui négocient- ne semble pas inquiéter les diplomates, probablement échaudés par les arrivées intempestives et perturbatrices des dirigeants de premier plan à Copenhague.

 

Le paquet Climat-énergie -20% d’énergies renouvelables, 20% de réduction des émissions, 20% d’amélioration de l’efficacité énergétique- avait permis à l’Union européenne de prétendre au «leadership» en matière climatique. A l’approche de 2015, la crédibilité européenne risque d’être soumise à dure épreuve. «Nous devons redoubler nos efforts pour fixer de nouveaux objectifs pour l’après 2020. Les investissements pour cette période se font maintenant», a rappelé Paul-Bertrand Barets, conseiller diplomatique auprès de Delphine Batho. Et de se féliciter que le Conseil européen qui s’est tenu cette semaine –consacré à l’énergie- ait conclu «que la question du cadre du paquet Climat-énergie sera débattue lors du prochain Conseil européen.» Il se tiendra en mars 2014. La Pologne, hôte climato-sceptique du prochain sommet sur le climat, est l’objet de toutes les attentions. Le 15 juillet prochain, Delphine Batho et son homologue allemand Peter Altmeier seront à Varsovie pour parler «climat et ambitions européennes» et tenter d’adoucir un rapport de force intra-européen en train d’enfler, avec l’aide d’Etats alliés en Europe orientale.

 

La position volontariste affichée par l’administration Obama semble convaincre les diplomates, qui saluent la relance par les Etats-Unis du forum des économies majeures sur l’économie et le climat. Ce forum réunit des pays qui émettent 80% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Un diplomate prévient toutefois: «Il ne faudrait pas qu’un tel process se substitue à un engagement plus contraignant». Autre initiative américaine: l’ouverture d’une période de consultation, pendant laquelle les Etats rendent publiques leurs propositions, qui sont commentées par la société civile et les Etats parties. «A chacun de tirer ses propres conclusions des commentaires», explique Paul Watkinson. «C’est un exercice de comparaison, mené par les pairs.» Mais le chef de l'équipe française de négociation sur le climat s’interroge sur la définition d’indicateurs pour évaluer ces propositions.

 

La question des financements est centrale, ont rappelé les négociateurs, même si elle ne fait pas techniquement partie des négociations telles que prévu en 2015. «Les impacts du changement climatique sont déjà inéluctables», a rappelé Paul Watkinson. «Nous sommes donc dans une logique de compensation.» Il y a, sur ce sujet, deux agendas à mener de front, considère-t-il. D’une part améliorer le financement public (auquel l’Union européen participe à hauteur d’un tiers), «comme avec la taxe transports». Et d’autre part poser la question de l’orientation des financements privés. «On y travaille avec les banques de développement ou en prenant des décisions comme celle de François Hollande de ne plus financer les centrales thermiques au charbon sans captage ou stockage de CO2 [JDLE] D’autres mannes ne seraient-elles pas mobilisables, comme les centaines de milliards de dollars de subventions mondiales aux énergies fossiles?

 

Stratégiquement, il a été beaucoup question d’approche descendante ou ascendante («top down» ou «bottom up»): vaut-il mieux partir des objectifs mondiaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, fixés lors de conférences internationales, pour construire des scénarios de politique nationale ou partir des politiques et objectifs affichés à l’échelle nationale pour élaborer des scénarios sur le changement climatique mondial? Sans qu’on puisse savoir, au final, quelle stratégie pourrait prévaloir.



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