Papillons franciliens cherchent biodiversité accueillante

Le 24 novembre 2016 par Marine Jobert
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Le Damier noir.
Le Damier noir.
Xavier Houard (Opie)

13% des 123 espèces recensées sur le territoire le plus urbanisé de France ont déjà disparu et environ un quart sont menacées à des degrés divers.

Les rhopalocères et les zygènes ont en commun leurs antennes en forme de massue, leur activité de butineur et leur besoin d’ensoleillement. Mais ces papillons diurnes partagent aussi un destin tragique: leur nombre chute dramatiquement en Ile-de-France. Plusieurs organismes, appuyés sur les données récoltées par des entomologistes bénévoles[1], viennent de publier la première Liste rouge régionale, qui mesure le degré de menace pesant sur ces insectes, -essentiels pour estimer la qualité de l’environnement et son évolution et pour étudier la ‘naturalité’ des paysages et les effets des changements climatiques. Et les nouvelles ne sont pas bonnes.

Les rhopalocères sont de taille très variable, allant de 2 centimètres d’envergure pour les plus petits (l’Argus frêle ou l’Azuré du thym), à quasiment 10 centimètres pour les plus grandes (le Machaon ou le Grand sylvain). Les zygènes, ou zygaenidae, sont des papillons plutôt petits, caractérisés par un vol relativement ‘mou’. Au repos, leurs ailes sont disposées en toit comme les papillons de nuit.

18 espèces éteintes

Un quart des 123 espèces de papillons de jour connues dans la région capitale sont menacées. Parmi celles-ci, 10 encourent un risque majeur d’extinction régionale dans les prochaines années, 11 sont ‘en danger’ et 12 sont ‘vulnérables’. Par ailleurs, 18 espèces sont considérées comme déjà éteintes (c’est-à-dire qu’elles n’ont pas été revues depuis 1994, voire bien avant pour certaines). Dix autres se révèlent ‘quasi menacées’: elles doivent donc faire l’objet d’une attention particulière, faute de quoi elles pourraient rejoindre la liste des espèces menacées lors de la prochaine évaluation. Au total, seules 52 espèces (moins de la moitié de la faune régionale des papillons de jour) peuvent être considérées en ‘préoccupation mineure’ en Ile-de-France.

Les interstices urbains insuffisants

Les causes sont globalement connues: urbanisation et agriculture intensive ont eu raison des habitats et des sources de nourritures. Ainsi dans les grandes cultures franciliennes, la richesse spécifique moyenne a chuté de 18% (donc deux fois plus que pour l’ensemble de la région, tous milieux confondus). Ce déclin cache des situations contrastées: lorsque les grandes cultures sont entourées de haies, il n’est que de 15%, alors qu’il passe à 45% en terrain découvert. La situation est encore plus préoccupante dans les espaces verts urbains (publics ou privés) avec une chute de la richesse spécifique de plus de 30% sur 10 ans. Et ce malgré une stabilité de la diversité en plantes dans ces espaces, ainsi qu’une augmentation de plus de 90% du nombre de plantes dans les interstices urbains, en l’espace de 6 ans seulement.

Favoriser les espèces locales

«Cela montre que, même si la végétalisation des villes est en plein essor, notamment à travers l’abandon progressif des pesticides et le développement de la végétation aux pieds des arbres, sur les murs ou encore les toits, la dynamique amorcée n’est pas encore suffisante pour avoir un effet positif sur la diversité en lépidoptères de jour», estiment les entomologistes. Il s’agit désormais d’adopter une gestion écologique des espaces verts (arrêt des produits phytosanitaires, fauche tardive, création de zones-refuges...) et de favoriser les espèces locales et spontanées, afin d’offrir un habitat plus propice aux papillons.

Folle avoine et vesces

Le plan Ecophyto n’a rien fait à l’affaire: dans des exploitations dont la taille moyenne a encore augmenté de 26% entre 2000 et 2010 (112 hectares, soit le double de la moyenne nationale), ce sont 1.200 tonnes de substances actives qui sont épandues en Ile-de-France chaque année. Adieu Folle avoine, Pâturins, Jouet du vent, Carotte sauvage, plantains, oseille, chardons, orties, violettes des champs, vesces, ravenelles...: autant de plantes éradiquées, autrefois refuges pour la ponte et le développement des chenilles. Les capitules fleuris qui offrent leur nectar aux papillons adultes ont disparu et les plantes-hôtes épargnées par l’artificialisation sont désormais contaminées par des pesticides rémanents. Les urbains ont aussi, c’est connu, la main lourde puisqu’ils sont les premiers consommateurs de produits chimiques appliqués à l’hectare et représentent 47,5% de la contribution à l’épandage de pesticides en milieu urbain, contre 27% par les collectivités.

Les forêts, havres de naturalité

Les zones humides franciliennes ont perdu 50% de leur surface au cours de la seconde moitié du siècle dernier, du fait de l’agriculture intensive qui a drainé les zones marécageuses, et ne représentent désormais plus que 2% du territoire régional. Celles qui perdurent sont désormais fréquemment réduites à de simples étendues d’eau artificialisées. A ce compte-là, les forêts, -même si peu de papillons de jour sont véritablement forestiers-, passent pour des havres de naturalité. Fontainebleau et Rambouillet accueillent à elles seules 102 espèces de papillons de jour, soit 75% de la faune régionale des rhopalocères et zygènes. Ce qui est dû à leur surface imposante, mais surtout à la présence en leur sein d’innombrables zones ouvertes de landes et de prairies sèches et humides.

Les prairies divisées par deux

Dernier refuge, enfin, les végétations prairiales et pelousaires et, dans une moindre mesure, les franges herbacées des lisières forestières, qui concentrent à la fois les plus grandes richesses en espèces de papillons de jour et les plus hauts niveaux d’espèces menacées. Elles se retrouvent localement dans le Val-d’Oise, sur les coteaux et les terrasses de la vallée de la Seine, dans le sud de l’Essonne, en Bassée et au sein du massif de Fontainebleau. Leurs surfaces ont déjà été divisées par deux dans la seconde moitié du XXe siècle.

Climat détraqué

Comme si cela ne suffisait pas, le changement climatique joue à plein: l’augmentation du régime des précipitations observées dans la région depuis la seconde moitié du XXe siècle et l’augmentation des températures moyennes, notamment en hiver, provoque ce que les écologues et climatologues appellent prudemment et de façon discutable «l’atlantisation du climat». Soit des répétitions de plus en plus fréquentes d’hivers doux et humides, au cours de la fin du siècle dernier, qui ont vraisemblablement provoqué des extinctions locales d’espèces, sans pour autant dynamiser les populations d’espèces xéro-thermophiles (qui aiment la chaleur et la sécheresse), tout aussi fragilisées. De la même manière, les espèces dites de «faune froide» sont touchées par le manque de jours de gel et peuvent subir des années déficitaires en nombre de jours ensoleillés. A contrario, les incursions régionales d’espèces, qui paraissent facilement dues au réchauffement global, ont toujours existé.

Il est temps de réagir

L’Ile-de-France est-elle un mouroir à papillons? Les menaces qui les guettent sont relativement comparables d’une région à l’autre, mais leur intensité y est plus forte, probablement en lien avec le contexte très artificialisé et fragmenté de la région. Ce qui, espèrent les auteurs de l’étude, devrait inciter les responsables de tous bords à réagir pour offrir aux espèces encore en bon état aujourd’hui un avenir soutenable.

 

 

 

 

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Le Flambé (Iphiclides podalirius) est une espèce fluctuante, difficile à évaluer.           

 



[1] Cette Liste rouge a été élaborée dans le cadre du programme de l’Observatoire francilien des insectes grâce à un partenariat entre l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie) et l’Association des lépidoptéristes de France (ALF), et avec les soutiens financiers de la région Ile-de-France (CRIF) et de l’Etat, à travers la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie (Driee Ile-de-France). L’agence régionale pour la nature et la biodiversité en Ile- de-France (Natureparif) a offert son appui technique. Le comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a apporté son soutien méthodologique.

 

 

 



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