Paludisme: les moustiquaires font de la résistance

Le 07 janvier 2015 par Romain Loury
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Une moustiquaire imprégnée aux insecticides
Une moustiquaire imprégnée aux insecticides
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Distribuées dans les pays en développement afin de prévenir le paludisme, les moustiquaires imprégnées d’insecticides favoriseraient l’émergence de résistances chez les moustiques. Un effet contre-productif observé au Mali, et décrit dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas).

Outre le traitement des malades, les moustiquaires imprégnées, soit au DDT soit aux pyréthroïdes, sont l’une des principales armes utilisées pour lutter contre le paludisme dans les pays en développement. Depuis sa création en 2001, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a permis d’en distribuer 450 millions, dont 72% en Afrique subsaharienne.

Au Mali, la distribution gratuite des moustiquaires imprégnées a commencé en 2005. Deux ans plus tard, on estimait que 20% à 40% des enfants de moins de 5 ans dormaient dans un lit protégé. Un succès certes, mais qui n’est pas sans contrepartie, révèle l’équipe de Gregory Lanzaro, du Vector Genetics Laboratory de l’université de Californie à Davis, dans la revue Pnas.

Deux moustiques vecteurs

Les chercheurs se sont intéressés aux deux principales espèces de moustiques présentes au Mali, Anopheles gambiae et Anopheles coluzzii, tous deux vecteurs du paludisme. Très proches au point d’avoir longtemps été considérés comme une seule espèce, ils en viennent parfois à s’acoquiner, mettant au jour des hybrides qui eux-mêmes vont se reproduire avec l’une des espèces parentales. Moins robustes, ces divers hybrides, ceux de la première génération ou des suivantes, disparaissent rapidement, victimes d’une compétition avec les individus non croisés.

Pour des raisons que l’on ignore encore, ce processus d’hybridation/disparition survient par phases. Analysant le village malien de Sélinkegny, les chercheurs évoquent ainsi une phase de croisement survenu en 2002, avec 12% d’hybrides, qui avaient tous disparu deux ans plus tard. Or la dynamique semble avoir changé en 2006 avec l’apparition des moustiquaires imprégnées aux pesticides.

Il se trouve qu’Anopheles gambiae, du moins environ un tiers de ses individus, porte un gène de résistance au DDT et aux pyréthroïdes, absent chez Anopheles coluzzii [1]. Or une phase d’hybridation est survenue en 2006, donnant lieu à environ un tiers d’hybrides résistants. Comme par le passé, ceux-ci se sont reproduits avec les deux espèces parentales, générant notamment des Anopheles coluzzii résistants.

90% de résistance chez Anopheles coluzzii

En l’absence de moustiquaires, ceux-ci auraient logiquement disparu. Mais ce n’est plus le cas: très dépendant des hommes pour s’alimenter, les Anopheles coluzzii d’ascendance hybride, résistants, se sont fatalement avérés plus robustes face à ce nouvel environnement qu’un individu pur, sensible aux insecticides. Résultat: en 2012, près de 90% des Anopheles coluzzii étaient désormais porteurs du gène de résistance, contre 0% en 2004.

Selon les chercheurs, le phénomène ne se restreint pas au village de Sélinkegny qu’ils ont étudié: en 2011, le gène de résistance était aussi présent chez des Anopheles coluzzii capturés dans le village de Tissana, 400 km au nord. Or cette zone, plus sèche, ne comporte pas d’Anopheles gambiae. Ce qui confirme que le gène est désormais bien ancré dans sa nouvelle espèce, et qu’il s’y répand indépendamment de son espèce d’origine.



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