PAG: un parc national du troisième type

Le 22 juin 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Outil de conservation, le Parc amazonien guyanais devra, pour réussir, pallier les manques de l’Etat dans les zones dont il assure la protection. Explications.

Sur le papier, c’est l’un des plus ambitieux programmes de protection de la nature français. Lancé en 1992, à Rio, par le président Mitterrand, le Parc amazonien de Guyane (PAG) a fini par voir le jour, après 15 ans de gestation. «Aujourd’hui, il s’étend sur 3,4 millions d’hectares, ce qui en fait le plus vaste parc national de France et de l’Union européenne», explique son directeur Frédéric Mortier. Sur la carte, la moitié sud de la Guyane est donc protégée. Sur le terrain, c’est tout autre chose.

 

Pour le moment, le PAG est composé de deux parties: la zone de cœur (2 millions d’hectares situés dans le sud et le sud-est de la région) et la zone de libre adhésion (1,4 million ha situés au sud-ouest de la Guyane). La zone de cœur est comparable à la zone de protection maximale des parcs nationaux de métropole. A quelques détails près.

 

Le décret de création du PAG autorise les communautés d’habitants à y pratiquer la chasse, la pêche et la cueillette. Ces quelque 10.000 habitants peuvent aussi couper des arbres et défricher la forêt pour cultiver. Amérindiens et descendants d’esclaves (les noirs marrons) peuvent enfin construire des villages ou des carbets (habitation traditionnelle). Dans la zone de libre adhésion, seul l’accès est réglementé. Les visiteurs extérieurs doivent obtenir une autorisation de la préfecture pour visiter «l’enfer vert» et ses habitants, à l’instar de la zone de cœur.

 

Quatre ans après sa création effective, la taille du PAG n’est donc toujours pas définie. Car les élus des villages situés en zone de libre adhésion attendent avec impatience le texte de la charte du parc pour s’engager ou non.

 

Et pour les décider, ce sera donnant-donnant. «Les populations ressentent vraiment une fracture géographique. Elles subissent encore la typhoïde, n’ont pas accès à l’eau potable ni aux services de l’Etat. Bref, il y a un fort ressentiment vis-à-vis du littoral qui a capté les bienfaits de l’action politique», résume Frédérique Mortier.

 

Outre l’exercice des missions traditionnelles d’inventaire et de conservation des espèces, le PAG devra prouver à ses habitants qu’il leur est utile. Mieux, qu’il pourra se substituer aux pouvoirs publics qui font bien souvent défaut.

 

Une mission quasi impossible, tant les défis à relever sont nombreux et souvent hors des compétences du parc. L’exemple le plus évident est la lutte contre l’insécurité générée par le développement de l’orpaillage illégal. Le problème s’étend sur toute la zone centrale du parc. «Quand on voit les flux logistiques qui servent à alimenter les orpailleurs, on peut estimer à 5.000 le nombre de clandestins qui travaillent sur le territoire du parc», indique Frédéric Mortier.

 

Souvent très démunis, les clandestins qui exploitent l’or des criques (rivières) dévastent, à l’occasion, les champs des populations locales, ou volent leur pirogue. «Beaucoup d’entre eux ignorent tout des mesures de prophylaxie. Raison pour laquelle on assiste aussi à une recrudescence du paludisme», s’inquiète Cécile Guitet, chef du service Patrimoines naturel et culturel du PAG. En augmentant la turbidité des eaux des rivières et des fleuves, ils contribuent aussi à réduire les ressources piscicoles, vitales pour nombre de villageois.

 

Pour tenter de résoudre des problèmes inédits en métropole, des solutions ad hoc sont mises en œuvre. En octobre 2008, un protocole d’accord a été signé entre le PAG et l’armée. Légionnaires et «marsouins» aident les gardes du parc à traquer les chercheurs d’or illégaux. Sur réquisition du parquet, ces soldats d’élite accompagnent les gendarmes chargés de détruire les campements et d’intercepter les trafiquants.

 

Peu efficace, au regard de l’explosion de l’activité aurifère clandestine (selon le WWF et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, ONCFS, les surfaces détruites par les orpailleurs ont triplé ces dernières années), cette mission est loin d’être la seule réponse aux demandes des habitants.

 

Ceux-ci veulent bénéficier des mêmes avantages que leurs concitoyens du nord de la région: mobilité, moyens de télécommunication, accès aux soins et à l’électricité, éducation, gestion des déchets. Depuis la création du PAG, le gouvernement prévoit d’investir 64 millions d’euros dans un plan d’accompagnement. «En fait, seuls 6 M€ ont été engagés», regrette le directeur du parc. Faute de progrès visibles, les «locaux» s’adaptent. «Les habitants de Papaïchton s’abonnent au réseau surinamien de téléphone mobile. A Camopi, ils utilisent les cabines téléphoniques brésiliennes, situées sur l’autre rive de l’Oyapock», constate Gwladys Bernard, chargée de mission.

 

Pour tenter d’inverser la vapeur, Paris bouge enfin. Les services du Premier ministre doivent organiser plusieurs réunions interministérielles au cours des prochaines semaines. Au menu: relance du plan d’accompagnement, adaptation de l’action publique au contexte amazonien, durcissement de la lutte contre l’orpaillage. L’Etat devra intégrer ses réponses au projet de charte du PAG. Si le texte, qui doit voir le jour avant l’automne, satisfait les élus de la zone de libre adhésion, ceux-ci accepteront de voir leur circonscription passer sous la coupe du parc. Dans le cas contraire, le PAG verra sa superficie amputée de 1.400 km2.

 

A Paris comme à Cayenne, on espère toujours voir la charte du parc validée par un décret du Conseil d’Etat avant la fin de l’année.

 

Sera-ce suffisant? Rien n’est moins sûr. Car une nouvelle source de démotivation pourrait surgir des cartons de l’ONCFS. Après avoir mis en œuvre des quotas de prise, l’Office veut imposer le permis de chasse. «Cela prendra tu temps, peut-être 10 ans», annonce Eric Hansen, délégué outre-mer de l’ONCFS. Une chose est sûre pour les habitants du PAG: le plus tard sera le mieux!

 



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