P. Dubreuil : «L’OFB est le bras armé de la stratégie nationale pour la biodiversité»

Le 17 janvier 2020 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Après le MNHN et l'INRAP, Pierre Dubreuil prend les rênes de l'OFB
Après le MNHN et l'INRAP, Pierre Dubreuil prend les rênes de l'OFB

Officiellement nommé par un décret du 30 décembre, Pierre Dubreuil dirige désormais l’Office français de la biodiversité (OFB) né de la fusion de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) et de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Il va notamment piloter la Stratégie nationale des aires protégées attendue d’ici à juin. 

Comment le nouvel établissement public va-t-il contribuer à enrayer l’érosion de la biodiversité ?

La stratégie de préservation de la biodiversité de l’établissement relève des objectifs fixés par la loi créant l’OFB. Il n’y a pas de miracle à attendre. Je privilégie toutefois plusieurs leviers pour 2020 qui sera une année cruciale pour la biodiversité, avec des rendez-vous majeurs comme le congrès de l’UICN en juin, la COP15 en Chine, mais aussi un sommet de l’Onu sur les océans. Ces évènements seront l’occasion de montrer qu’il existe un opérateur public, l’OFB, qui est le bras armé de la stratégie nationale pour la biodiversité. C’est un acteur qui agit à la fois dans les territoires pour faire respecter la nature, faire comprendre comment elle fonctionne, et surtout permettre un partage raisonné et équitable de l’espace entre l’homme et la nature. Et cela passe par une mobilisation de tous les acteurs de la société. Tous les citoyens sont concernés, j’insiste sur ce point, et notamment les citoyens qui n’ont pas forcément une connaissance fine de ce qu’est la biodiversité alors même qu’elle apporte les conditions de leur survie.

Le respect de la nature s’appuie en partie sur la police de l’environnement. Vous avez déclaré, lors de votre audition à l’Assemblée, vouloir être davantage présents sur le terrain. Comment allez-vous faire avec des effectifs qui seront réduits au cours des prochaines années ?

Mécaniquement, par le jeu de la fusion, nous avons davantage d’équipes sur le terrain. Les inspecteurs de l’AFB et ceux de l’ONCFS représentent 1.900 agents qui travaillent dans les services départementaux. Soit entre 15 et 25 agents par département, ce qui n’est pas négligeable. On a une capacité opérationnelle d’action plus importante. Ensuite, la priorité sera donnée à la présence sur le terrain, effectivement, pour incarner l’OFB. Bonne nouvelle : nous n’aurons aucune perte d’emploi en 2020 contrairement aux autres établissements publics relevant du ministère de la transition écologique. En revanche nous devrons supprimer des emplois en 2021 et en 2022 (respectivement 20 et 40 ETP, ndlr). Nous réfléchirons, cette année, à la manière dont on pourra compenser ces éventuelles pertes d’emploi mais ce ne sont pas les services départementaux qui en pâtiront et qui en porteront le poids.

Dans quelle mesure les pouvoirs des inspecteurs seront-ils renforcés ?
La loi sur l’OFB renforce leurs pouvoirs, en particulier en matière de police judiciaire, pour assurer la police de l’eau, de la chasse, de la protection de la nature. Ils pourront constater les infractions, convoquer,  et sanctionner. Seule la garde à vue leur échappe.

Le budget de l’OFB pour 2020 est-il maintenu à 423 millions d’euros ?

Oui, si l’on intègre la dotation des parcs nationaux, qui s’élève à 65 millions d’euros et qui transite par l’OFB puisque les 11 parcs nationaux y sont rattachés. Une fois cette dotation reversée, il reste environ 350 M€. Par ailleurs, ce chiffre comprend la compensation des pertes de recettes liées aux accords chasse puisqu’une dotation budgétaire spécifique a été accordée dans le budget 2020. Je tiens d’ailleurs à souligner que nous l’avons obtenue grâce à la mobilisation de la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon, sans prélèvement supplémentaire sur les agences de l’eau.

Parmi les nouveautés, la loi transfère les plans de chasse des préfets aux fédérations départementales de chasseurs et prône une gestion adaptative selon les espèces et les années. Ne craignez-vous pas un manque de cohérence globale ?

Non. Ce changement va évidemment modifier la définition du partenariat entre l’OFB, qui porte des missions régaliennes concernant la chasse, comme la délivrance du permis de chasser et le contrôle de sécurité lié à la chasse, et le monde fédéral des chasseurs. Il va falloir redéfinir ces relations avec les fédérations départementales et avec la fédération nationale avec laquelle nous travaillons déjà. Sur la gestion adaptative, je le rappelle, les décisions sont prises par l’Etat. Quant à la mise en place des plans de chasse, les données continueront de passer par les comités départementaux de chasse et de faune sauvage. Donc la collaboration avec l’Etat se poursuit, mais avec une répartition un peu différente des rôles. Cela ne marchera que si les fédérations jouent le jeu et transmettent les données. Par ailleurs l’éco-contribution va permettre de financer des projets communs entre chasseurs et acteurs de la biodiversité. Quand les chasseurs mettent 5 euros pour la biodiversité sur la table, l’Etat s’engage à en mettre 10, pour un total d’environ 16 millions d’euros par an.

Quels types de projets seront financés ?
C’est trop tôt pour le dire. Les premiers projets commencent seulement à être examinés. Il faut attendre que le conseil d’administration se mette en place et se prononce. Mais j’aimerais, par exemple, qu’on ait des projets communs autour de la petite faune qui se trouve dans les haies.

Vous avez déclaré que les chasseurs auront un poids limité dans le conseil d’administration. Dans quelle mesure ?
C’est mathématique. Au sein du conseil d’administration, qui compte 43 membres, l’un des cinq collèges[1] compte notamment 4 représentants du monde de la pêche et 3 représentants du monde de la chasse. C’est moins que ce qu’il y avait à l’ONCFS mais c’est plus qu’à l’AFB. Je précise que les chasseurs auront toute leur place parce qu’ils sont de très grands connaisseurs de la nature et je compte sur eaux pour faire avancer la cause de la biodiversité.

Quel rôle jouera l’OFB dans le cadre de la Stratégie nationale des aires protégées ?

C’est l’OFB qui va la piloter pour l’Etat, notamment parce que l’OFB anime la Conférence des aires protégées[2] qui regroupe l’ensemble des gestionnaires, sous la responsabilité de la direction de l’eau et de la biodiversité du ministère de la transition écologique. Cette stratégie devrait être un élément important du congrès de l’UICN en juin et expliquer comment atteindre 30% d’aires protégées en 2030 dont 10% en protection forte.

Certaines associations, dont FNE, dénoncent l’inefficacité des aires protégées. Pour les eaux marines, par exemple, 22% sont classées mais seulement 1,5% seraient réellement protégées. Quels leviers sont à votre disposition pour améliorer la situation ?

On est là pour produire de la connaissance, et notamment documenter l’état de la biodiversité dans ces aires protégées. Il y a un débat actuellement sur la définition de la « protection forte » évoquée par le président Macron. S’il y a des alertes à faire, en matière de connaissances, les gestionnaires pourront le faire sous l’égide de l’OFB. Nous resterons très à l’écoute de la communauté des aires protégées. Elle fait d’ailleurs partie du Conseil d’administration et sera sans doute dans le Conseil d’orientation. Surtout, ces aires peuvent permettre d’inverser la tendance à l’accélération de l’érosion de la biodiversité dans tous les milieux, qu’ils soient marin, d’eau douce et terrestre.

 



[1] Les autres collèges sont constitués de représentants de l’Etat, des comités de bassin-collectivités territoriales, d’élus du personnel de l’établissement, et de parlementaires. Le collège représentant les secteurs économiques compte aussi des représentants d’organisations agricoles et forestières, de gestionnaires d’espaces naturels et 3 représentants d’associations de protection de la nature.

[2] Dont la dernière édition s’est tenue le 25 octobre dernier à Biarritz