Oxfam veut sonner le glas de la spéculation alimentaire

Le 12 février 2013 par Stéphanie Senet
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La spéculation financière a pris d'assaut le marché agricole et alimentaire
La spéculation financière a pris d'assaut le marché agricole et alimentaire

Alors que l’Assemblée entame l’examen de la loi sur la réforme bancaire, l’ONG Oxfam publie, ce 12 février, un rapport dénonçant la spéculation des banques françaises sur les matières premières agricoles.

Au niveau mondial, les spéculateurs financiers sont arrivés en force sur le marché agricole et alimentaire au cours des années 2000. Ils occupent désormais 65% du marché, contre 35% seulement pour les producteurs et les commerçants, estime l’ONG Better Markets. En 1996, c’était l’inverse. Les acteurs physiques de la chaîne représentaient encore 88% des acteurs financiers à la Bourse du commerce de Chicago.

Or les banques françaises misent de plus en plus sur cette spéculation. En 2012, elles possédaient au moins 18 fonds sur ce secteur, ce qui représentait près de 2,6 milliards d’euros, pour un marché mondial de 67 Md€, estime Oxfam.

Dans les faits, les banques hexagonales conseillent à leurs clients d’investir dans les matières premières agricoles pour diversifier leur portefeuille d’actifs, en particulier depuis la crise alimentaire de 2008.

Pourtant, la hausse fulgurante des prix agricoles (+83% entre février 2005 et février 2008) a déjà provoqué trois crises alimentaires, en 2008, 2010 et 2012, touchant de plein fouet les populations les plus vulnérables qui n’avaient plus les moyens d’acheter des denrées de base.

Cette situation risque de se reproduire, en raison de la hausse attendue de la demande alimentaire, évaluée à 70% d’ici 2050 par Oxfam. Si aucune mesure n’est prise, les prix alimentaires risquent, au minimum, de tripler d’ici 2030, en particulier pour le riz, le blé ou le maïs. Soit un «cocktail Molotov pour l’Afrique», selon l’expression du président de la banque africaine de développement, Donald Kaberuka.

L’ONG britannique profite du début de l’examen, à l’Assemblée nationale, du projet de réforme bancaire, pour sensibiliser les responsables politiques à ces dérives. L’objectif, selon elle, est de parvenir à maîtriser les effets de la spéculation sur la volatilité des prix agricoles, en interdisant les fonds indexés (même partiellement) sur ces matières premières ainsi que les activités purement spéculatives sur les marchés de leurs dérivés (sur fonds propres ou pour des tiers). Plus largement, Oxfam demande une séparation claire et nette entre les activités de banque commerciale et celles de banques de marché, pour éviter toute confusion.

Oxfam demande aussi aux investisseurs français d’arrêter de proposer de telles offres. Il s’agit essentiellement de BNP Paribas (qui en détient plus de la moitié), la Société générale, la Caisse d’épargne, la Banque populaire, le Crédit agricole/LCL, ainsi que des assureurs comme AXA.

Le message commence d’ailleurs à être entendu. BNP Paribas vient d’annoncer qu’elle suspendait immédiatement les souscriptions sur l’un de ses principaux fonds. Dans la foulée, le Crédit agricole s’est engagé à en fermer trois.

Au Royaume-Uni, Barclays a fait de même. La banque britannique a en effet annoncé, ce 12 février, «cesser de négocier, à des fins de spéculation, les matières premières alimentaires telles que les produits agricoles». Jusqu’ici Barclays était le premier acteur européen sur le marché des produits dérivés des matières premières agricoles, empochant 406 M€ en 2010.



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