Ouverture des marchés: quel impact pour les énergies renouvelables?

Le 02 juillet 2007 par Claire Avignon
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A l’occasion de l’ouverture du marché de l’électricité aux particuliers, dimanche 1er juillet, des offres «vertes» ont vu le jour. Les associations appellent à la prudence tant qu’un label ne garantira pas que leur surcoût éventuel est réinvesti dans les énergies renouvelables.

C'est un sentiment partagé par l'ensemble des acteurs français de l'énergie: l'ouverture du marché de l'électricité pour tous les consommateurs ne va pas bouleverser la donne dans la production des énergies renouvelables. «Elle ne va rien changer au mix énergétique français», estime Frédéric Marillier, chargé de mission à Greenpeace. «Ce sont les tarifs de rachat des énergies renouvelables, très incitatifs, qui permettent leur développement, pas l'ouverture», analyse de son côté Bruno Papillonne, directeur d'Enerdata, bureau d'études spécialisé. Même son de cloche pour Stéphane Meunier, directeur associé énergie et utilities chez Sia conseil qui ajoute: «En France, l'exploitation de l'énergie nucléaire rend difficile la recherche d'une énergie compétitive».

Si l'ouverture ne va rien changer du côté des producteurs, elle aura pourtant un impact du côté des consommateurs qui se voient désormais proposer des offres vertes par la plupart des nouveaux fournisseurs. Electrabel, du groupe Suez, a lancé Alpénergie, qui s'engage à fournir de l'électricité d'origine renouvelable «pour 1,2 euro par mois supplémentaire par rapport à l'opérateur historique» (1). De son côté Poweo a créé Poweo électricité bio qui, «à partir d'un euro de plus par mois», achète 100% d'électricité d'origine éolienne et/ou hydraulique sous la forme de certificats verts (2). «Les fournisseurs d'électricité utilisent l'écologie comme un argument marketing, décrypte Bruno Papillonne. D'une manière générale, ils vont se positionner de plus en plus non comme des vendeurs d'électricité mais comme des services proposant des conseils sur les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique.»

Encore faut-il s'assurer que ces offres vertes correspondent à une réalité. Pour Greenpeace, ce n'est pas le cas. L'ONG a réalisé un comparatif des fournisseurs d'électricité en fonction de leurs offres, mais aussi de leur mix énergétique, de leur politique, des services énergétiques et de la politique commerciale, ainsi que de la qualité et de la transparence des informations. Enercoop, une coopérative de fourniture d'électricité renouvelable, obtient un excellent 17/20, suivie par GEG avec 10,9/20. Des bonnets d'âne ont été attribués à Electrabel (7,4), Poweo (7,3), GDF (5,8), EDF (4,9) et Direct énergie (4,5). Ces mauvaises notes sont principalement dues au fait qu'à part Enercoop, les entreprises «se contentent de revendre l'électricité achetée à EDF et principalement produite à partir du nucléaire.»

«Certains opérateurs proposent des offres vertes 20% plus chères qu'EDF sans pour autant justifier ce surcoût», note également Raphaël Claustre du Comité de liaison énergies renouvelables (Cler). Autre regret de Greenpeace, mais aussi du WWF, du Cler, et de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe): les offres vertes, dépendant directement des certificats verts, ne présentent pas d'«additionnalité». En clair, l'argent gagné par les fournisseurs n'est pas réinvesti dans les énergies renouvelables.

C'est pourquoi WWF et le Cler ont présenté, jeudi 28 juin, un projet de nouveau label appelé Eve, pour «électricité verte». Ce label, qui devrait être finalisé d'ici la rentrée, sera accordé d'après un certain nombre de critères dont le réinvestissement d'une partie des bénéfices dans le développement, selon trois modalités au choix, de nouvelles capacités d'énergie renouvelable ou d'opérations d'économie d'énergie (3). «Des labels similaires existent déjà dans d'autres pays européens comme OK Power en Allemagne ou Naturmade en Suisse», explique Raphaël Claustre. Enercoop ainsi que Green-access et Watt value, qui commercialisent tous deux des certificats verts, se sont déjà engagés dans la démarche.

L'ambition affichée par les acteurs est grande. En clarifiant la signification du terme «électricité verte», le label doit engendrer la confiance des consommateurs et donc «une accélération du marché des énergies renouvelables», selon Edouard Toulouse, du WWF. Celui-ci compare même cette démarche à celle du label bio pour l'agriculture biologique. Les Français seront-ils tentés? Aux Pays-Bas, selon le Cler, 38% des foyers, soit 2,8 millions de consommateurs ont franchi le pas de l'offre verte. Dans l'Hexagone, on s'attend plutôt à un marché de niches. Mais les Français savent surprendre…



(1) calculé sur base de la consommation moyenne d'un ménage français : 5000 kWh/an

(2) Le certificat vert, délivré à l'exploitant de centrale utilisant les sources d'énergie renouvelable, permet de s'assurer que certaines quantités d'électricité verte ont bien été injectées sur le réseau (certificats émis, transférés, importés ou exportés), puis consommées (certificats retirés). Source: Ademe.

(3) Soit par le fait que la fourniture d'électricité provient d'installations ne bénéficiant pas de hauts niveaux de subventionnement et qu'un réinvestissement d'au moins 50% des bénéfices de la vente de l'offre est affecté au développement de nouvelles capacités d'énergies renouvelables. Soit par le fait qu'un réinvestissement d'au moins 2 € par mégawattheure (MWh) vendu est affecté au développement de nouvelles capacités d'énergies renouvelables et, le cas échéant, à l'amélioration écologique du fonctionnement des centrales de production hydraulique. Soit par un réinvestissement similaire dans des opérations d'économie d'électricité telles que proposées dans le système gouvernemental des certificats d'économie d'énergie mis en place en 2005.





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