Ouragans: une mortalité sous-estimée

Le 03 août 2018 par Romain Loury
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L'ouragan Maria, septembre 2017
L'ouragan Maria, septembre 2017

Les ouragans sont bien plus mortels que ne le laissent penser les bilans officiels, suggère une étude américaine publiée jeudi 2 août dans le Journal of the American Medical Association (JAMA). En cause, le fait que la plupart des décès, indirectement liés à la catastrophe, surviennent dans les mois suivant l’événement climatique extrême.

Officiellement, l’ouragan Maria, qui a balayé les Caraïbes en septembre 2017 avant de se dissiper sur la côte est des Etats-Unis, a fait 64 morts à Porto Rico. En novembre 2017, la chaîne CNN évoquait un bilan bien plus élevé, de 547 morts au total dont 499 à Porto Rico, après enquête plus détaillée auprès des établissements funéraires de l’île.

Or les pertes pourraient être bien plus sévères encore. Le bilan humain des ouragans est en effet établi au cours des jours suivant l’ouragan, et ne tient compte que des décès directement liés à la catastrophe, pas à ceux, indirects, qui en découlent lors des mois suivants.

Une méthode statistique

Alexis Santos-Lozada, chercheur à l’université d’Etat de Pennsylvanie, et Jeffrey Howard, de l’université du Texas à San Antonio, ont recouru à une méthode utilisée lors des canicules. Plutôt que de comptabiliser les morts un à un, ce qui demande d’analyser les circonstances des décès au cas par cas, les chercheurs ont étudié l’excès de mortalité, par rapport à des périodes«normales».

Pour cela, ils ont calculé, pour chaque mois de l’année, un nombre moyen de décès sur la période 2010-2017. Ce qui leur a fourni un niveau de base, auquel ils ont comparé le nombre de décès observé à Porto Rico lors des mois qui ont suivi Maria.

1.139 décès à Porto Rico

Bilan: on observe des excès de 459 morts en septembre 2017, de 564 morts en octobre et de 116 morts en novembre. En décembre, le taux de mortalité revient dans l’intervalle normal. A Porto-Rico, Maria n’aura donc pas fait 64 mais 1.139 victimes.

Des interruptions d’accès aux soins

«Une zone inondée, sans électricité, ne constitue pas un environnement sain pour une dame âgée sous dialyse, ni même pour une personne qui a une crise d’asthme et qui a besoin de son traitement. C’est ce type de décès que notre étude tente de prendre en compte. Lors des ouragans, les gens ne meurent pas seulement noyés ou ensevelis, mais aussi parce que leurs besoins essentiels ne sont pas satisfaits», explique Alexis Santos-Lozada.

Selon le chercheur, «les Caraïbes sont vouées à être de plus en plus touchées par ce genre de désastre à l’avenir, et nous ne voulons pas que l’histoire se répète. Si nous avons une meilleure idée des dégâts entraînés par l’ouragan Maria, nous pouvons utiliser cette expérience pour remettre à plat nos plans de réponse».

Des bilans plus sévères évoqués

Ce type de méthode statistique n’est toutefois pas exempte d’incertitude: dans une étude publiée mi-juillet, une autre équipe américaine avait estimé, sur la base d’une analyse d’environ 3.300 foyers portoricains, à 4.645 le nombre de mort. Ce bilan excessif résulte d’une sous-estimation de la mortalité avant l’ouragan et d’une surestimation de celle après, jugent Alexis Santos-Lozada et Jeffrey Howard.



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