Ottawa dédouane les sables bitumineux

Le 17 décembre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les Académies des sciences rendent parfois d’étonnants avis. Pour preuve : le rapport que vient de mettre en ligne la Société Royale royale du Canada (SRC) sur les impacts sanitaires et environnementaux de l’exploitation des sables bitumineux. Un modèle du genre.

La société savante commence par mettre en doute de nombreuses informations publiées depuis le début de l’exploitation du « pétrole sale ». « Les médias ont beaucoup parlé du décès d’environ 1. 600 canards dans un bassin de résidus en 2008. Ces mêmes médias continuent aussi à diffuser des allégations selon lesquelles la contamination due à l’exploitation des sables bitumineux serait responsable du grand nombre de cas de cancer dans la population majoritairement autochtone de Fort Chipewyan, en aval des gisements. »

La contamination des populations habitant en aval des gisements albertains ? Pas un problème pour les scientifiques canadiens : « Il n’existe actuellement pas de preuve formelle que l’exposition de la population de Fort Chipeweyan aux contaminants environnementaux résultant de l’exploitation des sables bitumineux puisse suffire à entraîner une augmentation des cas de cancer dans la région. » Ce qui n’exclue n’exclut pourtant pas une surveillance épidémiologique accrue.

Des conséquences sur les réserves d’eau douce.  ? Que nenni. « Les prélèvements actuels d’eau par les industries de la région ne menacent pas la viabilité de la rivière Athabaska et de ses affluents, pourvu que l’on fasse respecter intégralement le cadre de gestion des eaux développé pour préserver les débits nécessaires à l’écosystème de la rivière. »

Des effets sur la qualité des eaux de surface, alors ? « Toutes les données relatives aux conséquences éventuelles de l’exploitation des sables bitumineux sur la qualité des eaux de la rivière Athabaska indiquent que ces activités ne menacent actuellement pas la viabilité de l’écosystème aquatique. »

Aucune conséquence sur l’environnement aquatique ou tellurique. Faut-il alors craindre des pollutions atmosphériques ? Pas spécialement, nous dit la SRC : « Les données actuelles montrent que le développement des sables bitumineux a peu de répercussions sur la qualité de l’air ambiant dans la région, sauf pour de graves problèmes d’odeurs rapportés au cours des deux dernières années. »

Certes, tout cela est bel et bon, mais l’exploitation des sables de l’Athabasca est énergivore et contribue à renforcer l’effet de serre. Une accusation à laquelle la SRC souscrit… difficilement difficilement : « L’industrie des sables bitumineux a accompli des progrès considérables pour réduire la quantité de GES émis par baril de bitume extrait. Toutefois, la technologie actuelle ne peut contrôler l’augmentation des émissions de GES résultant de la hausse de la production, ce qui remet en question la capacité du Canada à remplir ses engagements pris auprès de la communauté internationale pour la réduction globale de ses émissions de GES. ». Et de fait, l’exploitation des sables bitumeux est responsable, pour le moment, de 5 % des émissions canadiennes. Un chiffre qui ne pourra que s’aggraver à mesure que le Canada ouvrira plus grandes les vannes de ce sable asphaltique.

Finalement, quelle conclusion tirer de la lecture de ce document ? Peut-être celle que les auteurs expriment le plus franchement du monde : « Du point de vue économique, l’industrie des sables bitumineux a été à l’origine d’investissements substantiels au Canada et, par l’augmentation des recettes fiscales, elle contribue au financement des gouvernements albertain et fédéral. Elle constitue aussi un facteur de prospérité pour le secteur manufacturier ontarien, et pour les ouvriers spécialisés de tout le pays qui affluent à Fort McMurray afin d’y trouver des emplois. » Faut-il vous l’envelopper ?

 



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