Ostréiculture: sortir la tête de l’eau grâce à la certification biologique?

Le 09 juillet 2012 par Eudoxie Jantet
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La production a été certifiée par Ecocert
La production a été certifiée par Ecocert
Eudoxie Jantet

Les huîtres françaises souffrent depuis 2008 d’une contamination par l’herpès virus OsHV1. Pour Bernard Montauzier, ostréiculteur sur l’île d’Oléron, le constat est sans appel: alors qu’il faut trois ans pour qu’une huître arrive à maturité, 85 à 90 % du cheptel meurt dès la première année. Pour faire face à cette crise qui a entraîné une chute de 50 % de sa production, l’ostréiculteur a diversifié ses activités, en bio.

«Avec la baisse de production au niveau des huîtres, ma femme et moi nous sommes décidés à faire autre chose. Nous n’avions plus la motivation de brasser des coques», raconte Bernard Montauzier, un brin désabusé. Peu après les premiers problèmes ayant touché les huîtres, le couple d'ostréiculteurs s’est mis à cultiver des salicornes, des plantes annuelles, basses et charnues, qui poussent naturellement et sans ajout de produits chimiques sur des sols riches en sel marin. «Les gens sur l’île achetaient déjà des salicornes produites en baie de Somme. Nous pensions donc qu’il y avait un potentiel», poursuit-il.

La certification bio : un choix économique

Dès le début de leur activité de production de salicornes, le couple a contacté Ecocert, un organisme de certification pour l’agriculture biologique. Avec une franchise qui déconcerte, Bernard Montauzier souligne que «le contexte était favorable à ce type d’agriculture. Nous y sommes venus car cela pouvait nous ouvrir des portes». Le fait que la communauté de communes de l’île d’Oléron prenne en charge 50 % des coûts de la certification a également motivé le couple à demander le label.

Il y a deux ans, Ecocert est venu visiter pour la première fois l’exploitation de Bernard Montauzier et sa femme. «Quand le contrôleur a vu notre exploitation, il a décidé de tout certifier bio, y compris les huîtres, les crevettes impériales et les palourdes !», s’étonne encore Bernard Montauzier. C’est ainsi que l’ostréiculteur est également devenu le deuxième producteur d’huîtres biologiques de l’île, et accessoirement de crustacés. Cela n’a guère changé ses méthodes de production, mis à part qu’il doit être très vigilant sur la traçabilité de ses produits, et garder tous les bons d’achats auprès des écloseries. Pour les huîtres par exemple, il lui est désormais impossible de s’approvisionner en triploïdes, des huîtres rendues stériles grâce à une manipulation chromosomique (1). Seuls les individus non modifiés, donc diploïdes, sont autorisés.

Transformer ses produits pour gagner des marchés

Sur l’île, certains jugent que la certification biologique des huîtres est un non-sens. D’autres voient là un bon moyen de se faire une place sur les têtes de gondole dans la grande distribution. Les pêcheries de la Cotinière, une entreprise oléronaise de transformation de produits de la mer, aimerait bien utiliser les produits de Bernard Montauzier et sa femme dans ses soupes de poissons et ses terrines de fruits de mer qu’elle vend à la France entière grâce à son site internet de vente à distance (2). Mais avec 25 tonnes d’huîtres pas an, 300 kilogrammes de salicornes, 250 kg de crevettes et 200 kg de palourdes, les productions du couple sont encore trop faibles pour approvisionner en flux continu des circuits de distribution à grande échelle.

Le problème de la rentabilité économique reste donc entier pour Bernard Montauzier. Même s’il estime que «dans l’avenir il faudra que tout soit certifié pour que les clients sachent ce qu’ils achètent», il concède que la certification biologique ne lui a pas permis d’augmenter ses ventes. «Nos produits sont essentiellement vendus en direct et avec la crise les gens achètent le moins cher.» Pour l’instant, le couple se contente de valoriser ses produits du mieux qu’il peut. Il fabrique ses propres soupes, conserves et vinaigres de salicornes, qu’il vend à côté des huîtres et des crustacés dans sa petite boutique du village du Château d’Oléron. Un boulanger proche lui achète également des salicornes pour confectionner des galettes et des crackers.

Tant que la maladie dont souffrent les huîtres ne sera pas résolue, le métier d’ostréiculteur risque de rester difficile. Actuellement les écloseries s’attèlent à produire des coquillages résistants à l’herpès OsHV1, qui devraient être disponibles en 2014-2015. Mais auront-ils la faveur des consommateurs ?

(1) La triploïdisation consiste à augmenter le nombre de chromosomes des huîtres. Cela permet d’obtenir des individus stériles qui ne subissent pas la maturation estivale les rendant laiteuses, un goût peu apprécié par le grand public. Mais attention, il ne s’agit pas d’une modification génétique, qui consiste à introduire dans une espèce donnée des chromosomes d’une autre espèce. Certains ostréiculteurs estiment que les manipulations de chromosomes fragiliseraient les huîtres triploïdes, un débat exacerbé par les fortes mortalités qui frappent ces coquillages depuis plusieurs années.

(2) Créé en 2006, www.monpoisson.fr a été le premier site de vente en ligne de poissons frais et français, achetés à la criée du port de la Côtinière sur l’île d’Oléron.

 



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