Opesct : de la difficulté d’inventer la mobilité de demain

Le 14 février 2013 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La mobilité d'aujourd'hui, en attendant d'inventer celle de demain.
La mobilité d'aujourd'hui, en attendant d'inventer celle de demain.
DR

Ne surtout pas parler embouteillage, pollution de l’air ou inféodation des centres-villes par la voiture. Penser «plaisir, désir, envie» et surtout «liberté». Voici résumés les messages délivrés par les constructeurs automobiles qui se sont pressés aujourd’hui 14 février pour être auditionnés par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opesct), lancé dans une mission de prospective intitulée «les nouvelles mobilités sereines et durables: concevoir des véhicules écologiques». A sa tête, Fabienne Keller (UMP) et Denis Baupin (EELV)[1], tous deux grands adeptes du vélo, de l’intermodalité et des transports doux en général. Ouvrant les débats, Denis Baupin faisait d’ailleurs mine de s’interroger sur l’apparent oxymore du concept de «voiture écologique». Cette voiture «verte» existe pourtant: c’est en tout cas ce que se sont échinés à démontrer PSA-Peugeot Citroën, Renault, Toyota et autre BMW.

Mais d’abord quelques constats et quelques chiffres, qui ont structuré cette première table ronde. L’acheteur français moyen est vieillissant (54 ans en moyenne). Un tiers du parc auto a plus de 10 ans. Une voiture reste stationnée 80% du temps. Les jeunes passent moins le permis de conduire que leurs aînés, à cause de son coût et de leurs difficultés à acquérir ensuite un véhicule. Ce n’est plus la possession de la voiture qui les aiguillonne, mais bien son usage. Autant de faits qui, ajoutés au contexte de raréfaction des ressources, de peak oil et de changement climatique –ce qu’ont rappelé quelques rares participants- rendent nécessaire de penser autrement l’automobile. «C’est la mobilité qui importe plus que le moyen de transport», a résumé Jean-Yves Le Déaut, premier vice-président de l’Opesct. Et ces constats ne peuvent pas faire le bonheur des constructeurs automobiles.

Pour enrayer ce déclin des ventes de voitures et satisfaire les attentes des acheteurs potentiels, les constructeurs ont plusieurs cordes à leur arc: le «downsizing» (réduction de la taille des voitures), les matériaux «verts» recyclés, ou encore la technologie «stop&go». Les véhicules hybrides ou électriques (ou les deux en même temps) sont évidemment à l’honneur, avant que les voitures à hydrogène ne prennent le relais à partir de 2015. Pour ce faire, les constructeurs font assaut de budgets en «R&D»: 7 milliards par an pour Toyota («le plus gros budget R&D toutes entreprises confondues»), 4 milliards investis dans la voiture électrique pour Renault-Nissan. Avec un succès mitigé, ont reconnu les participants. «La réussite de l’électrique résultera de la coïncidence entre la technologie, la demande du citoyen [sic] et le soutien des pouvoirs publics», a analysé la représentante de Renault. Ce financement par l’Etat de l’innovation fut d’ailleurs le leitmotiv de la matinée. «Sinon, on ne verrait rien se passer», a presque avoué une représentante de chez PSA. Les technologies de l’information, surtout avec les smartphones qui permettent la géolocalisation ou la réservation d’Autolib’ ou de places en auto-partage, ont été fortement plébiscitées.

Un parallèle un peu spécieux du représentant de BMW –qui expliquait qu’on ne pouvait pas substituer complètement l’auto-partage à la possession en propre d’une voiture, «ou alors imaginez que vous faites de l’auto-partage pour votre maison ou pour votre femme»…- a finalement résumé les deux mondes qui cohabitaient dans la salle de l’Opesct ce matin. D’un côté, les tenants d’une économie et de modes de vie «classiques», où l’on possède son véhicule -«une petite voiture 'propre' pour la semaine et une plus grosse pour les week-end en famille»- et de l'autre les tenants, minoritaires, d’un changement de paradigme, basé sur des préoccupations sanitaires, sociales et économiques et où l’usage prend le pas sur la possession. En 2012, il y avait 800 millions de véhicules en circulation dans le monde; on en attend 1,2 milliard d’ici 2020. Quatre autres tables rondes sont prévues d’ici l’été, qui donneront notamment la parole à des associations de consommateurs et à des organisations écologistes.

 

 



[1] Fabienne Keller: ancienne maire de Strasbourg; Denis Baupin: ancien adjoint aux transports, puis au développement durable, environnement et plan Climat de la ville de Paris

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus