Ondes: le Scenihr s’attire les foudres associatives

Le 11 mars 2015 par Romain Loury
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Un rapport biaisé, selon les associations
Un rapport biaisé, selon les associations
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Un nouveau rapport biaisé? Après l’Organisation mondiale de la santé, 39 associations dénoncent le rapport sur les ondes électromagnétiques publié début mars par le Comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux (Scenihr) de la Commission européenne. Mercredi 11 mars, elles ont annoncé le dépôt d’une plainte auprès de la médiatrice européenne Emily O’Reilly.

 

Circulez, il n’y a (toujours) rien à voir: tel est en substance le message du nouveau rapport du Scenihr sur les ondes électromagnétiques, qui vient réactualiser celui de 2009. Selon cette copieuse analyse de la littérature (288 pages), il n’y aurait aucun risque lié au téléphone portable quant aux tumeurs cérébrales, notamment les gliomes. Quant aux neurinomes de l’acoustique, «la possibilité demeure ouverte», admet le Scenihr.

Voilà qui n’est pas sans rappeler le projet de monographie de l’OMS sur les ondes électromagnétiques. Très apaisant, ce texte onusien va à l’encontre de l’avis émis en mai 2011 par sa branche cancer, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), qui a classé les champs électromagnétiques de radiofréquences comme cancérogènes potentiels pour l’homme (groupe 2B) (voir le JDLE).

Pour le Scenihr comme pour l’OMS, les associations ne décolèrent pas, «dénonçant une expertise biaisée ne tenant pas compte d'études allant dans le sens d'un risque des radiofréquences pour la santé». Selon elles, «ce rapport est l’’œuvre’ d’un groupe d’experts acquis à la thèse du déni de risque et favorables aux intérêts industriels, voire, pour nombre d’entre eux, en conflits d’intérêt direct».

Un choix très contesté des études

Parmi leurs nombreux reproches, le fait que les experts se sont principalement appuyés sur deux études de cohortes aux biais méthodologiques assez troublants. D’origine danoise, l’une d’entre elles n’a inclus dans son «groupe cas» que les abonnés au portable entre 1982 et 1995.

Quant aux utilisateurs professionnels abonnés par leur société et aux abonnés privés depuis 1995, des usagers a priori plus intensifs, ils étaient tout bonnement inclus au groupe contrôle. Sans trop de surprise, l’étude, dont plusieurs experts ont déploré la faible qualité jusqu’à demander sa rétractation, n’a montré aucun risque de cancer.

Outre une «mise en exergue» d’études négatives, les experts sont accusés d’avoir survolé celles montrant une association, dont Interphone et Cephalo. La première révèle une hausse de 40% du risque chez les personnes ayant utilisé leur portable une demi-heure par jour pendant 10 ans, voire de 380% pour ceux l’ayant utilisé une heure pendant 4 ans. Des utilisations très courantes de nos jours, mais que le Scenihr persiste à qualifier d’utilisation «intense» –ce qui lui permet de rassurer les utilisateurs «réguliers».

Des méthodes contestées en interne

Responsable de la partie épidémiologie du rapport, l’Allemand Joachim Schüz est cosignataire des deux études de cohorte controversées, et dirige désormais la section environnement et rayonnement du Circ. S’il est la bête noire des associations, c’est parce que ses méthodes de travail lors de ce rapport ont pu surprendre, et c’est un doux euphémisme.

«Son exemple est particulièrement frappant puisqu'il a été révélé qu'il s’était arrogé la partie épidémiologique, en contradiction avec le principe de pluralité de l'expertise, et qu'il avait, dans le pré-rapport rendu public en février 2014, écarté systématiquement les études montrant des effets sanitaires sur les tumeurs cérébrales liées à l'usage du téléphone portable», expliquent les associations.

A l’appui de leurs dires, une lettre du Suédois Kjell Hansson-Mild de l’université d’Umeå, «seule voix potentiellement divergente» parmi les 10 experts du groupe. Adressé à John Ryan, en charge de la santé à la direction générale de la santé et des consommateurs (DG Sanco) de la Commission, ce courrier assassin daté d’avril 2014 révèle de l’intérieur les étranges pratiques qui ont présidé à la fabrication du rapport.

«Joachim Schüz, qui a fait l'évaluation des études épidémiologiques sur l'usage du téléphone mobile et le risque de tumeur cérébrale, a intentionnellement ignoré des études épidémiologiques clés qui fournissait la preuve de risque pour le gliome et le neurinome de l'acoustique lié à l'usage d'un téléphone mobile et sans fil. Il ne s'est pas montré intéressé à inclure les études pertinentes dans le texte», dénonce l’expert.

«Il a clairement déclaré qu’écrire la partie épidémiologique était uniquement de sa responsabilité et de plus qu'il était le seul à décider de ce qu'il fallait inclure (…). La section épidémiologique a des défauts rédhibitoires qui doivent être corrigés. Je m'oppose à la façon dont Schüz a utilisé mon nom en tant que contributeur dans ce processus (…). J'ai été isolé et bloqué dans mes apports constructifs.», ajoute-t-il. Ambiance.

Une demande de retrait du rapport

Pointant d’importants conflits d’intérêt au sein du groupe avec l’industrie de la téléphonie mobile, les associations ont déposé plainte auprès de la médiatrice européenne Emily O’Reilly, tout en demandant à la Commission européenne d’annuler le rapport et d’en faire réaliser un nouveau par d’autres experts.

Pour Janine Le Calvez, présidente de l’association Priartém, ce rapport constitue «une honte absolue: plus les preuves s’accumulent, plus il devient grossier de nier l’évidence». Selon elle, les aberrations du rapport seraient tout aussi frappantes pour le volet électrosensibilité, actuellement en cours d’analyse par les associations.



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