Ondes: l’Anses alerte contre les anciens téléphones

Le 21 octobre 2019 par Romain Loury
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De nombreux téléphones toujours à l'ancienne norme
De nombreux téléphones toujours à l'ancienne norme

En raison de possibles effets sanitaires, aucun utilisateur de téléphone portable ne devrait être exposé à un débit d’absorption spécifique (DAS) supérieur à 2 Watt par kg. Ce qui implique de rappeler ou de mettre à jour de nombreux téléphones, dont ceux vendus jusqu’en juin 2016, voire juin 2017, recommande l’Anses dans un avis publié lundi 21 octobre.

Selon les recommandations de la Commission internationale de protection contre les rayonnements ionisants (Icnirp), le DAS des téléphones portables, dose de rayonnements électromagnétiques à laquelle est exposée l’utilisateur, ne doit pas dépasser 2 W/kg pour la tête et le tronc, 4 W/kg pour les membres et 0,08 W/kg pour le corps entier.

Jusqu’en juin 2017, la norme européenne EN50566, édictée en 1999 par la directive européenne 1999/05/CE (directive «R&TTE»), laissait la possibilité aux fabricants de tester le «DAS tronc» entre 0 et 25 mm à distance du corps, la majorité optant pour 15 mm[i]. Grâce à la directive 2014/53/UE (directive «RED»), une norme plus sévère, EN50566:2013, est désormais en vigueur depuis le 13 juin 2017, qui prévoit une distance comprise entre 0 mm et 5 mm. Durant la période transitoire (entre juin 2016 et juin 2017), les deux normes étaient applicables.

De nombreux téléphones encore en service

«La durée moyenne d’usage d’un téléphone étant de quelques années (3-5 ans), nombre de ces téléphones [répondant à l’ancienne norme] sont vraisemblablement toujours utilisés aujourd’hui», note l’Anses[ii]. Or des tests menés par l’Agence nationale des radiofréquences (ANFR) ont montré que, parmi les téléphones mis sur le marché avant 2016, nombreux étaient ceux à ne plus répondre à la nouvelle norme: 76% présentaient des DAS tronc supérieurs à 2 W/kg lorsqu’ils étaient testés à 0 mm, 13,2% à 5 mm.

Depuis 2017, les tests menés par l’ANFR, dont les résultats sont publiés tous les six mois, ont ainsi révélé des non-conformités avec la nouvelle norme pour sept modèles, dont deux (HAPI 30 d’Orange, NEFFOS X1 TP902A de TP-Link) ont dû être retirés du marché, tandis que cinq autres ont fait l’objet d’une mise à jour logicielle afin d’être mis en conformité.

Etudes in vivo et in vitro

Dans son avis publié lundi 21 octobre, l’Anses a tenté d’évaluer les éventuels effets sanitaires d’un dépassement du seuil de 2 W/kg. Pour cela, elle s’est basée uniquement sur des études menées chez l’animal et sur des cellules en culture –une étude menée chez l’humain n’a pas été retenue «en raison d’importantes limites méthodologiques», note l’agence.

Son analyse de la littérature scientifique met en évidence, «avec des éléments de preuves limités», des effets d’un DAS supérieur à 2 W/kg sur l’activité synaptique ou la plasticité cérébrale, ainsi que sur l’activité électrique cérébrale chez l’animal adulte, mais aussi des effets sur l’induction du processus d’autophagie (autodigestion cellulaire) dans le cerveau chez le jeune animal[iii].

Eviter les DAS dépassant 2 W/kg

Face à ces incertitudes, l’Anses «recommande que des mesures soient prises afin que les utilisateurs ne soient plus exposés à des DAS dépassant 2 W/kg émis par des téléphones certifiés dans le cadre de la directive R&TTE (mis sur le marché jusqu’au 13 juin 2016, voire jusqu’au 12 juin 2017)». Pour cela, elle propose que les fabricants des modèles concernés prennent les mêmes dispositions qu’avec les téléphones non conformes post-2017, à savoir un rappel des téléphones ou une mise à jour logicielle.

«Dans l’attente de la mise en place de telles mesures, l’agence invite les utilisateurs de ces appareils à se conformer aux prescriptions d’utilisation (distance d’éloignement) mentionnées par les fabricants dans les notices, lorsqu’ils sont placés à proximité du tronc», ajoute-t-elle. L’Anses estime par ailleurs que les téléphones devraient être testés à la distance de 0 mm (et non de 5 mm, distance permise par la norme actuelle), «afin de représenter une situation maximisante mais réaliste de l’exposition».

Un «grand pas», qui doit en amener d’autres

«On avance, on a fait un grand pas», se réjouit Marc Arazi, lanceur d’alerte et président de l’association «Alerte Phonegate», auprès du JDLE. Il reste toutefois beaucoup à faire sur les tests, tempère-t-il toutefois, notamment sur la durée d’exposition lors des tests (de 6 minutes en Europe, contre 30 minutes aux Etats-Unis). «Il faut que les gens sachent qu’ils sont moins bien protégés en Europe qu’aux Etats-Unis», ajoute-t-il.

Favorable au rappel des téléphones, Marc Arazi se montre en revanche sceptique sur la mise à jour logicielle, qui agit sur la puissance du téléphone sans toucher à ses antennes: «on perd en connectivité. Soit vous ne faites pas la mise à jour, soit vous changez de téléphone». Ce qui, certes, permettrai de s’acheter un téléphone homologué avec la nouvelle norme, mais «aurait un impact environnemental».



[i] «Le DAS tête, lui, est mesuré dans différentes configurations pour lesquelles il existe au moins un point de contact entre la tête et l’appareil», rappelle l’Anses.

[ii] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[iii] A quoi s’ajoutent les résultats des expertises de l’Anses révélant un risque de certaines tumeurs cérébrales chez l’adulte, pour les gros utilisateurs (avis de 2013), ainsi que d’effets possibles sur les fonctions cognitives chez l’enfant (avis de 2016).

 



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