On sous-estime toujours le nombre de cancers professionnels en France

Le 07 octobre 2014 par Romain Loury
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La France compterait de 5.000 à 10.000 cancers professionnels par an.
La France compterait de 5.000 à 10.000 cancers professionnels par an.
santé et travail

La France compterait de 5.000 à 10.000 cancers professionnels par an, selon des données de l’Institut de veille sanitaire (InVS) citées par le magazine «Santé & Travail». Or seuls 1.700 d’entre eux, pour la plupart liés à l’amiante, sont actuellement reconnus par l’assurance maladie.

Il demeure difficile de connaître le nombre réel de cancers professionnels. Parmi les facteurs les mieux connus, l’amiante, mais aussi les rayonnements ionisants, le radon, la silice, les métaux et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), rappelait l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en 2012.

Lors d’un colloque organisé les 27 et 28 novembre à Paris par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), de nouvelles données de l’InVS seront présentées quant à l’incidence des cancers professionnels en France. Citées par «Santé & Travail», elles font état «de 2 à 9% des cancers du larynx et du poumon chez les hommes, soit de 600 à 2.500 cas, attribuables à la silice», «entre 90 et 290 cas de cancer du rein associés à l'exposition au trichloréthylène», «entre 260 et 660 cas de cancers des voies aérodigestives provoqués par le ciment», «de 2 à 28% des cas de leucémie seraient dus au benzène».

Des chiffres à la baisse?

«Quant à l'amiante, il pourrait être incriminé dans la survenue de 3.600 à 4.700 cas de cancers», ajoute le magazine. Au total, les cancers professionnels attribués à ces produits, chez les hommes, seraient au nombre de 4.800 à 9.500 nouveaux cas, soit 2,4% et 4,8% de l’ensemble des cancers survenant en France.

Bien en-dessous des chiffres de 2003, lorsque l’InVS estimait que 4% à 8,5% des cancers survenant chaque année en France étaient d’origine professionnelle, soit 11.000 à 23.000 cas. Amélioration réelle ou simple affinement des données? Contacté mardi par le JDLE, l’InVS se montre peu enclin à commenter ses données tant qu’elles n’ont pas été officiellement présentées.

Une chose est certaine: le taux de salariés français exposés à au moins un produit chimique a diminué, passant de 13 % en 2003 à 10% en 2010, soit 2,2 millions de salariés, selon les résultats de la dernière étude SUMER (Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels).

Une minorité reconnue par l’assurance maladie

Parmi ces 5.000 à 10.000 cancers estimés, environ 1.700 sont reconnus comme maladies professionnelles par l’assurance maladie, dont 1.500 dus à l’amiante et une centaine liés aux poussières de bois.

Interrogé par «Santé & Travail», William Dab, professeur en hygiène et sécurité au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), explique ce décalage par le fait que «les tableaux de maladies professionnelles reposent sur une imputation strictement individuelle». «C'est un système binaire qui ne prend pas en compte la part attribuable aux différentes causes», ajoute l’ancien Directeur général de la santé.

Une situation bien pratique

«Cette situation semble arranger tout le monde. Les employeurs, puisque l'évaluation individuelle sous-évalue la contribution réelle des facteurs professionnels. L'assureur, qui, tout public qu'il soit, peut redouter l'enjeu financier. Les syndicats, qui y voient une mise en cause plus facile de la responsabilité des employeurs. Il existe une sorte de conspiration invisible, de conjonction d'intérêts et de contraintes qui ne favorise guère les évolutions», affirme William Dab.

Outre les risques liés à des agents physicochimiques, d’autres risques commencent à apparaître. Tel est le cas du cancer du sein, dont l’étude française CECILE-PRO a montré en 2012 que les femmes travaillant de nuit en présentaient un risque accru de 40%, probablement en raison de perturbations de l’horloge biologique.

En 2010, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a d’ailleurs classé le travail de nuit comme «cancérogène probable» (catégorie 2A). Il pourrait favoriser d’autres types de cancers, dont ceux du poumon et de la prostate.

Quant aux cancers liés à l’emploi de pesticides, l’étude AGRICAN, publiée en en 2011, avait révélé contre toute attente que les agriculteurs avaient moins de risques de décéder d’un cancer que la population générale. Des résultats alors très critiqués par l’association Générations futures.

 



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