On a retrouvé le méthane américain

Le 08 février 2016 par Romain Loury
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Le gaz de schiste, l'un des suspects
Le gaz de schiste, l'un des suspects
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Surprise: en 13 ans, les émissions de méthane des Etats-Unis auraient augmenté de plus de 30%, alors qu’on les croyait stagner, selon une analyse de données satellitaires publiée dans les Geophysical Research Letters. Une tendance qui pourrait expliquer entre un et deux tiers de la hausse mondiale sur cette période.

Début novembre 2015, on apprenait que la Chine avait consommé, en 2013, 17% plus de charbon que les estimations officielles ne l’indiquaient, alourdissant son empreinte carbone de 600 millions de tonnes de CO2. Au tour des Etats-Unis, dont les estimations de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) s’avèrent très en-deçà de la réalité pour les émissions de méthane.

C’est une étude publiée par Alexander Turner, de l’université de Harvard (Massachusetts), et ses collègues qui nous le révèle: selon des données satellitaires et de surface, les émissions de méthane auraient augmenté d’au moins 30% entre 2002 et 2014 aux Etats-Unis, alors que l’EPA, qui livre des estimations selon une méthode «bottom-up» (à partir des sources), concluait à une stagnation.

Cette augmentation non décelée pourrait expliquer entre 30% et 60% de la hausse mondiale des émissions de méthane observée depuis le milieu des années 2000, après la stabilisation des années 1990. Jusqu’alors, ce retour à la hausse faisait l’objet de nombreuses spéculations.

Puits de gaz, élevage

Parmi les suspects américains, les gisements de pétrole et de gaz, dont la production a augmenté de 20% depuis 2002, et a même été multipliée par 9 pour le gaz de schiste. Toutefois, la hausse des émissions, qui touche principalement la côte est et le centre du pays, ne semble pas coïncider avec les principales exploitations, notent les chercheurs, qui évoquent un possible rôle de l’élevage.

Contacté par le JDLE, Philippe Bousquet, professeur à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), estime que cette hausse de 30% est «tout à fait compatible avec les incertitudes» des estimations «bottom-up», effectuées à partir d’inventaires d’émissions. Et ces nouveaux résultats restent eux-mêmes à confirmer, les satellites n’étant d’«une précision extrême».

Selon le chercheur, «le méthane est trop souvent laissé pour compte» de nos politiques d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre: «on en parle essentiellement lorsqu’il y a des catastrophes». Par exemple à l’occasion de la fuite, toujours pas maîtrisée, d’un stockage souterrain du gazier Southern California Gas près de Los Angeles.

Le méthane constituerait pourtant «un moyen d’atténuer les émissions relativement efficace, il serait possible d’avoir un effet rapide», au vu de sa faible persistance dans l’atmosphère (moins de 10 ans), ajoute Philippe Bousquet. Par exemple en diminuant les fuites de gaz sur les puits, en adaptant l’alimentation du bétail, en récupérant le biogaz de décharge ou en installant des méthaniseurs dans les exploitations agricoles.



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