OMS: un rapport aux mauvaises ondes

Le 17 décembre 2014 par Romain Loury
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L'OMS pas assez à l'écoute?
L'OMS pas assez à l'écoute?

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) manquerait-elle de transparence et d’indépendance sur la question des radiofréquences? C’est ce que craignent 47 associations, dont Priartém et le Collectif des électrosensibles de France, face à son pré-rapport sur l’effet sanitaire des radiofréquences. En cause, la surreprésentation de l’ICNIRP [1], une commission scientifique controversée.

«Nous sommes des gens raisonnables, nous demandons seulement qu’il y ait une représentation de tous les points de vue» sur la question des radiofréquences, explique Janine Le Calvez, présidente de Priartém, contactée par le JDLE. Et cela semble bien loin d’être le cas, estiment 47 associations dans un communiqué publié mardi 16 décembre.

Dans leur viseur, le projet de monographie sur les radiofréquences mis en consultation par l’OMS jusqu’à lundi 15 décembre. Entre autres griefs, une «absence de transparence qui entoure la réalisation de l’expertise», un «défaut de consultation de la société civile», une «indépendance des experts [qui] reste largement à démontrer», une «absence de pluralisme des experts» ou encore une «lecture biaisée des résultats scientifiques».

Une «promiscuité singulière»

Mais ce qui les choque particulièrement, c’est «la promiscuité singulière entre l'OMS et l'ICNIRP», présentée par l’organisme onusien comme «une commission scientifique indépendante mise en place par l'Association internationale de radioprotection (IRPA) pour promouvoir la protection contre les rayonnements non ionisants dans l'intérêt de la population et de l'environnement».

Pour les associations, l’ICNIRP n’est rien moins qu’«une institution controversée, club fermé créé pour porter la bonne parole du déni de risque et pour défendre les intérêts des industriels». Un «club fermé», peut-être, mais qui compte quatre membres ou anciens membres parmi les six experts du comité de pilotage, dont la vice-présidente de l’ICNIRP, Maria Feychting.

«On connait les positions intransigeantes et a priori de cet organisme, notamment la fervente défense de ses propres normes caduques, non adaptées à l'exposition actuelle quasi-chronique, et qui sont basées sur le paradigme thermique (négation d'effets non thermiques). On ne connait pas, en revanche, car il s'agit d'une organisation bien secrète et peu transparente, son mode de recrutement et son mode de fonctionnement», considèrent les associations.

«Pourquoi [l’OMS] s’en remet-elle à un organisme extérieur aussi peu légitime et qui a tous les traits d'un front group défendant des normes désuètes d'intérêt militaire et industriel pour définir ses recommandations dans un dossier aussi controversé que celui des radiofréquences? Ne serait-il pas temps qu’elle se dote de ses propres moyens d’expertise en élargissant le recrutement de ses experts comme avait commencé à le faire le Circ [Centre international de recherche sur le cancer] en 2010-2011?», s’interrogent-elles.

Une reprise en main par l’OMS?

De manière plutôt étonnante, l’OMS ne mentionne nulle part sur son site les noms des scientifiques impliqués dans ce travail. Les associations ne l’ont su que grâce à des photographies d’un diaporama d’Emilie van Deventer, qui dirige le comité de pilotage de l’OMS, prises lors d’une réunion de l’ICNIRP en novembre en Australie. Sans ces fuites, «on ne saurait toujours pas qui a rédigé ce rapport», dénonce Janine le Calvez.

Difficile de comprendre l’attitude de l’OMS sur le sujet, alors que sa branche cancer, le Circ, a classé en mai 2011 les champs électromagnétiques de radiofréquences comme cancérogènes potentiels pour l’homme (groupe 2B). Or trois semaines plus tard, l’OMS publiait un communiqué estimant qu’«à ce jour, il n’a jamais été établi que le téléphone portable puisse être à l’origine d’un effet nocif pour la santé ».

«Deux ans après [l’avis du Circ de 2011, donc en 2013], l’OMS reprogramme cette nouvelle expertise», constate Janine Le Calvez, qui y voit «une reprise en main» du sujet radiofréquences. Une «reprise en main» sous forme d’effacement de mémoire: en 239 pages, le chapitre cancer du pré-rapport de l’OMS parvient à ne citer qu’une seule fois les travaux du Circ, et à ne lui consacrer que 4 lignes!

Et ce sur un point d’ordre très général, à savoir s’il est bien fondé de conclure à la cancérogénicité d’un agent quelconque pour l’homme, lorsqu’elle est avérée chez des animaux de laboratoire. Quant au classement en groupe 2B, l’OMS fait très fort, puisqu’elle parvient à ne le mentionner à aucun moment de son chapitre cancer.

Demandant une sortie de l’ICNIRP de ce travail et une prise en compte des avis contradictoires, les associations «demandent à être reçus immédiatement par la direction de l'OMS afin de porter leurs justes revendications».

[1] International Commission of non-ionizing radiation protection.



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