Oiseaux: l’Amérique du Nord perd ses plumes

Le 20 septembre 2019 par Romain Loury
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Les espèces communes en fort déclin
Les espèces communes en fort déclin
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En 50 ans, les Etats-Unis et le Canada ont perdu plus d’un oiseau sur quatre, révèle une étude publiée vendredi 20 septembre dans Science. Causes probables de cette chute catastrophique, l’agriculture, l’urbanisation, les pesticides et le déclin des insectes.

Si le déclin de la biodiversité est un phénomène avéré, avec un million d’espèces qui pourraient être bientôt menacées d’extinction selon l’IPBES[i], son ampleur et sa cadence ne cessent de surprendre. Notamment chez les oiseaux. Publiée en 2014, une étude britannique révélait que les effectifs européens avaient fondu de 421 millions d’oiseaux depuis 1980, pour passer de 2,1 milliards à 1,65 milliard. Même constat en France, où les oiseaux vivant en zone agricole ont décliné d’un tiers depuis 2001.

Le phénomène est aussi à l’œuvre outre-Atlantique, comme le révèle l’étude menée par Kenneth Rosenberg, ornithologue à l’université Cornell (Etat de New York), et ses collègues. Les chercheurs ont compilé des estimations d’effectifs de 1970 à 2018, pour 529 espèces nord-américaines -soit 76% des espèces connues se reproduisant aux Etats-Unis continentaux et au Canada.

2,9 milliards d’oiseaux en moins

Leurs résultats sont des plus inquiétants: en 48 ans, l’Amérique du Nord a perdu 29% de ses oiseaux, soit 2,9 milliards d’individus, avec un déclin observé chez 57% des espèces. Ces données sont confortées par l’analyse du réseau NEXRAD de radars météorologiques, qui montre une baisse de 13,6% de la biomasse d’oiseaux migrateurs depuis 2007, particulièrement à l’est des Etats-Unis.

Le déclin touche en effet surtout les espèces migratrices, avec 2,5 milliards d’individus en moins depuis 1970, particulièrement celles passant l’hiver en milieu tempéré (1,4 milliard). Ramené en proportion de la population, c’est toutefois chez les migrateurs hivernant en zone côtière ou dans les zones arides du sud-ouest des Etats-Unis que la chute est la plus forte (-42% chacun), ainsi que chez ceux hivernant en Amérique du Sud (-40%).

Moineaux, merles, fauvettes…

Comme dans l’étude européenne de 2014, les espèces les plus communes contribuent fortement à cette tendance: 90% des oiseaux ‘en moins’ appartiennent à seulement 12 familles, dont les moineaux, les fauvettes, les pinsons et les merles. Même les espèces invasives, au nombre de 10 dans l’étude, sont touchées, avec un déclin de 63% des effectifs en 50 ans.

«La chute de population ne se restreint pas aux espèces rares et menacées, mais concerne aussi de nombreuses espèces communes et répandues, qui constituent des éléments essentiels des chaînes alimentaires et des écosystèmes», constatent les chercheurs.

Or ces espèces communes, cruciales d’un point de vue écologique, ne font l’objet d’aucune protection. Les Etats-Unis en ont pourtant déjà fait l’expérience, avec le pigeon migrateur (Ectopistes migratorius): jadis espèce d’oiseau la plus abondante sur Terre, cet oiseau nord-américain a été chassé jusqu’à l’extinction par les agriculteurs. Le dernier représentant connu s’est éteint en 1914, en captivité.

Agriculture, urbanisation, pesticides

Comme en Europe, la perte de l’habitat, du fait de l’agriculture et de l’urbanisation, semble le principal suspect. Ainsi que les pesticides, dont les effets sur les oiseaux peuvent être directs, par toxicité aigüe ou chronique, ou indirects, via la chute des populations d’insectes, elle-même bien amorcée.

«Nos résultats démontrent le besoin urgent d’agir contre ces menaces que sont la perte d’habitat, l’intensification agricole, la perturbation des côtes et la mortalité directement liée à l’homme, toutes exacerbées par le changement climatique, afin d’empêcher une perte continue de biodiversité, et une disparition possible de l’avifaune continentale», commentent les chercheurs.

Si 53% des oiseaux des prés et des prairies ont disparu depuis 1970 (-720 millions d’individus), il n’est pas trop tard pour redresser la barre, estiment les scientifiques. Exemple, les zones humides, seul biome où l’on observe une hausse des effectifs (+13%), probablement du fait d’une limitation de la chasse et d’une restauration de ces zones. Idem pour les rapaces, en progrès, ce que les chercheurs imputent à l’interdiction du DDT, en 1972 aux Etats-Unis.



[i] Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et es services écosystémiques

 



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