OGM: une étude de toxicité à l'âme russe

Le 12 novembre 2014 par Romain Loury
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Factor OGM, lancée au printemps 2015
Factor OGM, lancée au printemps 2015
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Menée en collaboration avec des chercheurs européens et américains, une étude russe va se pencher sur la toxicité à long terme d’un maïs GM résistant à un herbicide, ont annoncé mardi à Londres ses organisateurs. Dotée d’un budget de 25 millions d’euros, il s’agira de la plus grande étude jamais conduite sur le sujet.

«Factor GMO»: tel est le nom de cette étude, coordonnée par l’association russe NAGS (National Association for Genetic Safety). Parmi les questions posées, la toxicité à long terme d’un OGM et de son herbicide associé (le Roundup), leurs éventuels effets cancérigène et reproductif (fertilité, malformations), et la toxicité comparée du principe actif de l’herbicide (glyphosate) et du produit commercial.

Pour le reste, on en sait encore très peu, aussi bien sur la variété testée, sur le nombre d’animaux que sur le protocole suivi par les chercheurs. L’étude sera menée dans plusieurs sites russes et européens dont l’identité demeure secrète, les organisateurs évoquant des questions de sécurité.

Autre inconnue, le financement: d’un total de 25 millions de dollars, on ne sait pour l’instant quelle proportion les chercheurs ont réussi à atteindre. Selon eux, il s’agit d’un «pourcentage élevé», ce qui leur permet de pouvoir lancer l’étude au printemps 2015. D’une durée de 2 à 3 ans, soit la durée de vie moyenne d’un rat, ses résultats seront publiés tout au long de l’étude.

Pour l’instant non communiquée, l’identité des financeurs privés sera révélée lors du lancement de l’étude. Seule certitude, aucun financement industriel ne sera accepté. Si l’entreprise est scientifiquement louable, difficile d’en savoir plus sur l’état d’esprit des organisateurs vis-à-vis des OGM.

Le projet de directive permettant aux pays d’interdire ou de restreindre la culture d’OGM sur leur territoire a franchi un nouveau pas, avec son adoption mardi par la commission environnement, santé publique et sécurité alimentaire (Envi) du Parlement européen. Décrié par plusieurs associations, il vient d’enregistrer un changement notable: la commission a retiré l’idée d’une phase de négociation entre l’entreprise et l’Etat qui souhaiterait se passer de l’OGM. Un changement salué par Greenpeace, selon qui ce vote «donnera aux pays européens une base légale solide pour interdire la culture des OGM sur leur territoire, en compliquant la tâche des industries de biotechnologies qui voudraient contester cette interdiction devant les tribunaux».

Des chercheurs qualifiés de «neutres»

Venant, selon les organisateurs, d’un environnement «neutre», sans lien avec l’industrie ou avec les associations, les 3 scientifiques en charge du suivi des travaux sont «des experts internationalement respectés dans leur domaine», indique le site internet de l’étude.

Parmi eux, Oxana Sinitsyna, de l’Institut de recherche d’écologie humaine et de santé environnementale (affilié au ministère russe de la santé), Bruce Blumberg, professeur en biologie à l’université de Californie à Irvine, et Fiorella Belpoggi, de l’Institut Ramazzini (Bentivoglio, nord de l’Italie) -un organisme privé dont les travaux sont souvent cités en exemple par les associations.

Auteur en 2012 d’une étude aussi médiatisée que controversée sur la toxicité à long terme des OGM -depuis retirée du journal avant d’être republiée par ses auteurs [1]-, Gilles-Eric Séralini se félicite de «cette bonne nouvelle». «Je ne peux que me réjouir d’avoir été à l’initiative de tels travaux, c’est en répétant les études que l’on pourra confirmer nos résultats», explique-t-il au JDLE.

Affirmant avoir été contacté par les autorités russes après la parution de ses travaux, Gilles-Eric Séralini ne s’étonne pas de ne pas avoir été associé à la nouvelle étude. Outre le débat virulent qui a suivi la publication de son étude, le chercheur caennais estime que la science avance justement par reproduction de résultats, par des équipes distinctes.

«C’est un scandale pour la santé publique que de telles études n’aient pas été faites avant, que les autorités se contentent des tests des entreprises», d’une durée de seulement 90 jours et sur un nombre très limité d’animaux, s’insurge le chercheur. «Ces plantes sont faites pour contenir de hauts niveaux de pesticides», ajoute-t-il.

[1] Elle a été republiée en juin dans la revue Environmental Sciences Europe, accompagnée d'un article dénonçant les conflits d'intérêt ayant entouré l'affaire.



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