OGM: les micro-ARNs négligés?

Le 23 mai 2012 par Romain Loury
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Pas facile d'évaluer les effets des micro-ARNs, pour Sandrine Bélier.
Pas facile d'évaluer les effets des micro-ARNs, pour Sandrine Bélier.

L’association Inf’OGM s’inquiète de la présence dans les plantes transgéniques de micro-ARNs, de petites molécules qui semblent modifier l’expression de gènes une fois passée la barrière intestinale.

Encore peu connus, les micro-ARNs (miRNAs en anglais) sont de petites molécules d’acide ribonucléique (ARN) présents dans tout organisme vivant. Leur rôle: réguler l’expression des gènes à un stade tardif, en inhibant la traduction des ARN messagers (ARNm) en protéines. Selon plusieurs travaux, ils joueraient un rôle crucial dans les cancers.

En 2011, une équipe de l’université de Nanjing (Chine) a fait deux découvertes surprenantes avec un micro-ARN présent dans le riz, baptisé miR168a. Primo, il est retrouvé à de hauts niveaux sanguins dans la population chinoise, confirmant que les microARNs franchissent la barrière intestinale.

Deuxio, miR168a s’avère capable de modifier l’expression de gènes chez des souris ayant mangé du riz, agissant en l’occurrence sur la dégradation du cholestérol sanguin. La preuve que les micro-ARNs issus des aliments peuvent directement modifier l’expression de gènes-cibles.

D’où la question posée fin 2011 à la Commission européenne par deux eurodéputés français, Sandrine Bélier et José Bové (groupe Verts/Alliance libre européenne): «Comment la Commission va-t-elle prendre en compte l'évaluation des effets des micro-ARNs produits par des plantes génétiquement modifiées»?

Aussitôt saisie par la Commission, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a considéré, dans un courrier envoyé début mars, qu’«il s’agit de la première étude de ce genre: bien qu’elle soit intéressante, elle reste à confirmer avant que ces implications soient évaluées plus avant». Il s’agit toutefois d’un problème «d’importance générale concernant les impacts sanitaires de l’alimentation humaine et animale», ne se restreignant donc pas aux OGM.

C’est là que le bât blesse: dans un article publié sur son site, l’association Inf’OGM juge que ce sujet ne peut être traité de la même manière pour les plantes transgéniques et pour celles «que nous consommons depuis des millénaires, pour lesquelles nous disposons d’un recul d’utilisation et avec lesquelles nous avons co-évolué».

L’Efsa dit toutefois envisager une évaluation de la question pour certains OGM, ceux-là même qui ont été créés par ajout de micro-ARNs. Si Inf’OGM en recense deux («la vigne transgénique de Colmar», «le haricot en cours d’autorisation au Brésil»), aucun ne fait l’objet d’une demande d’autorisation en Europe, temporise l’Efsa.

L’autorité «fait donc clairement le choix paradoxal de reconnaître qu’un point d’importance générale, s’appliquant à tous les types de plantes génétiquement modifiées, ne sera évalué que pour certaines d’entre elles!», s’étonne Inf’OGM. Or pour d’autres OGM plus «standards», la transgénèse pourrait modifier l’expression des micro-ARNs endogènes.

Ces résultats chinois «montrent que la vision de la biologie qui a prévalu pour la mise en place des plantes transgéniques (un gène-une protéine-une fonction) se complique au fur et à mesure que les connaissances scientifiques avancent», estime Inf’OGM.



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