OGM: les conflits d’intérêts orientent bien la science

Le 20 décembre 2016 par Marine Jobert
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Une science financièrement modifiée?
Une science financièrement modifiée?
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40% des publications portant sur certains aspects des plantes génétiquement modifiées présentent un conflit d'intérêt financier, ont établi des chercheurs de l’Institut national pour la recherche agronomique (Inra). Et, en présence de conflits d’intérêt, les conclusions de ces publications sont plus fréquemment favorables aux intérêts des industries semencières qu'en leur absence.

Un scientifique menant des recherches sur les plantes génétiquement modifiées (OGM) qui entretient des liens d’intérêt avec l’une ou les principales industries qui développent et commercialisent ces plantes (Monsanto, Syngenta, Dow AgroSciences et DuPont Pioneer) a 50% de chance de plus de conclure de façon favorable qu’un confrère qui n’entretient pas de liens avec ces entreprises. Voilà l’un des enseignements d’une étude menée par des chercheurs de l’Inra, dont les résultats ont été publiés dans la revue Plos One le 15 décembre.

Conclusions deux fois plus favorables

Les chercheurs de l’Inra se sont concentrés sur les recherches portant sur l'efficacité ou la durabilité -c’est-à-dire le maintien de cette efficacité dans le temps- des plantes OGM Bt[1]. Or parmi les 672 articles passés au crible, tous publiés entre 1991 et 2015 dans des journaux scientifiques à comité de lecture, 40% ont été menés ou financés, entièrement ou en partie, par les industries de biotechnologies qui développent et vendent ces plantes. Parmi ces études frappées de conflits d’intérêt[2], les conclusions sont plus fréquemment favorables aux intérêts des industries semencières (+50%) que pour celles sans conflit d’intérêt. «Cette tendance générale se vérifie à l'échelle du chercheur, précise l’Inra. Les conclusions des publications d'un même chercheur sur un même sujet sont en moyenne plus souvent favorables aux intérêts des industries de biotechnologies pour les publications présentant un conflit d'intérêt.» Et ce chiffre grimpe à 104% pour les études portant sur l’efficacité de la plante, d’un intérêt commercial bien plus rapide que pour sa durabilité.

Les opposants aux OGM influencent-ils également la science? «On pourrait s’attendre à une relation inverse entre les résultats des études sur les cultures génétiquement modifiées et la présence de conflits d’intérêt relatifs à ces parties prenantes», écrivent les auteurs, qui n’ont pu tester cette hypothèse, faute d’avoir identifié d’intérêts financiers.

Une minorité de déclarations

Pour éclairants qu’ils soient, ces chiffres restent probablement en retrait par rapport à la réalité, puisque seuls 7% des articles ont donné lieu à un déclaration d’intérêts de la part des chercheurs. En outre, le CV des quelque 1.500 scientifiques impliqués dans les études n’a pas été passé au crible, ce qui aurait pu mettre en évidence des liens non déclarés -membres de conseils consultatifs, consultants, ou codétenteurs de brevets- ou des proximités qui ‘ne rentrent pas dans les cases’ des déclarations d’intérêts. «Les conflits d’intérêt non financiers, également connus sous le nom de ‘conflits d’intérêt non financiers intrinsèques ou intellectuels’ -pour des raisons personnelles, politiques, académiques, idéologiques ou religieuses- pourraient également avoir un impact significatif sur les résultats des études de recherche», admettent les chercheurs. Les auteurs de l’article encouragent les revues scientifiques à faire explicitement état des conflits d'intérêt financiers présents dans les études. Ils proposent également, pour éviter ces conflits, de mettre en place un fond de recherche qui, tout en étant financièrement abondé par les industries concernées, en serait indépendant lors du choix des études à financer.

Les chercheurs de l’INRA n’ont recensé que deux études consacrées aux conflits d’intérêt en matière d’OGM, qui concluaient de façon opposée. Malaise: celle qui estimait que les conflits d’intérêt n’étaient pas si fréquents qu’ils puissent influencer la science en la matière était elle-même financée par un organisme piloté par de grands noms du secteur des OGM.

Effet causal à approfondir

Les chercheurs de l’Inra restent prudents: «Les analyses menées ne permettent pas de déterminer si les conflits d'intérêt financiers sont la cause de la plus grande fréquence de conclusions favorables aux intérêts des industries de biotechnologies», écrivent-ils, tout en rappelant que l’effet causal des conflits d’intérêt sur les conclusions des publications scientifiques a été démontré pour le tabac, l’énergie ou encore les médicaments. «Il ne peut être exclu qu’un autre facteur non connu soit la cause à la fois des conflits d’intérêt et des conclusions plus souvent favorables des publications concernant les plantes transgéniques», admettent-ils, renvoyant à des études ultérieures.



[1] Ces plantes (notamment maïs, coton et soja) transgéniques produisent des protéines d'une bactérie, Bacillus thuringiensis, toxiques pour les insectes qui les infestent.

[2] Le conflit d’intérêt est ici défini comme «un ensemble de circonstances qui créent un risque que le jugement professionnel ou les actions relatives à un intérêt principal soient indûment influencés par un intérêt secondaire».

 



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