OCDE: le déclin de la biodiversité coûte cher

Le 06 mai 2019 par Victor Miget
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Le recul de la biodiversité a un impact économique considérable qui se chiffre déjà en milliards de dollars.
Le recul de la biodiversité a un impact économique considérable qui se chiffre déjà en milliards de dollars.
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L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a livré son estimation économique de l’érosion de la biodiversité aux participants du sommets du G7 Environnement de Metz. L’addition est salée.

 

La perte de la biodiversité a un coût. Et pas des moindres. C’est ce que souligne le rapport de l’OCDE Biodiversity: Finance and the Economic and Business Case for Action. Destiné à la présidence française du G7 et à la réunion des ministres de l’environnement du G7, il met en lumière l’impact financier du recul de la biodiversité.

L’étude du club des pays riches rappelle l’importance pour nos sociétés des services écosystémiques fournis par la biodiversité: pollinisation des cultures, protection contre les inondations, séquestration du carbone. «Au niveau mondial, la valeur économique totale des services écosystémiques est estimée entre 125.000 et 140.000 milliards de dollars par an, soit presque le double du PIB mondial», explique Angel Gurría, secrétaire général de l’organisation basée à Paris.

La seule valeur marchande des cultures qui dépendent de la pollinisation se situe entre 235 et 577 Md$/an. Certains secteurs sont même totalement dépendants des écosystèmes. «Les récifs coralliens génèrent à eux seuls 36 Md$/an pour l’industrie touristique mondiale», explique le rapport. A l’heure actuelle, ces derniers sont profondément affectés par le réchauffement climatique (30% des coraux subissent un blanchissement).

1.000 milliards dollars

Parallèlement déjà, les effets néfastes sur la biodiversité se font ressentir sur le porte-monnaie. «Les coûts de l'inaction face à la perte de biodiversité sont élevés. Entre 1997 et 2011, le monde a perdu entre 4.000 et 20.000 Md$/an de services écosystémiques en raison du changement d’affectation des sols et de 6.000 à 11.000 Md$/an à cause de leur dégradation.»

Le recul de la biodiversité entraîne aussi la réduction des rendements de la pêche. Mais également des pertes économiques dues aux inondations et autres catastrophes, la perte de sources potentielles de médicaments, etc. «70% des médicaments utilisés contre le cancer sont naturels ou sont des produits synthétiques inspirés par la nature», illustre un second rapport, celui de la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Une façon de rappeler que la protection des espèces vivantes influe sur la santé de l’Humanité.

Agir, et vite

L’OCDE invite donc à mettre en place des «actions pour arrêter et inverser la perte de biodiversité de manière spectaculaire et urgente». Il est proposé dans un premier temps de renforcer l’ambition des politiques via la mise en place d’incitations économiques. A ce jour, les recettes des taxes liées à la biodiversité ne représentent que 1% des recettes générées par toutes les taxes sur l’environnement.

Il s’agit également «d’intensifier, d’aligner et de mieux suivre le financement de la biodiversité provenant de toutes les sources, publiques et privées. Nos estimations préliminaires suggèrent que les flux financiers pour la biodiversité pourraient se situer entre 50 et 80 Md$/an. […] Il est tout aussi important de réformer les subventions existantes potentiellement préjudiciables à la biodiversité. Nous estimons ces dépenses à environ 500 Md$/an!» Parmi-elles, les subventions aux combustibles fossiles.

La biodiversité: une opportunité économique

Histoire de motiver les troupes, il est aussi question de débouchés économiques. «Nous devons intégrer la biodiversité dans les entreprises et les décisions financières. La plupart d'entre elles ne comprennent pas encore pleinement les risques liés à la biodiversité pour leurs opérations. Ils ne sont pas non plus au courant des opportunités commerciales découlant de la protection et de l'utilisation durable de la biodiversité», assure Angel Gurría.

Selon le rapport, le G7 pourrait impliquer les entreprises et les organisations financières via la création d’un groupe multipartite sur la biodiversité, le commerce et les finances. Groupe qui aurait pour mission d’intégrer la biodiversité dans les décisions d’affaires et d’investissement.

Il s’agit grosso modo de faire comprendre que les écosystèmes, l’utilisation durable des ressources, fournissent des opportunités commerciales à long terme. Pour appuyer son propos, le rapport rappelle que le marché mondial des aliments et des boissons biologiques va connaître une croissance de 16% et atteindre les 327 Md$ en 2022. Fin 2020 se tiendra en Chine la COP 15 de la Convention sur la diversité biologique. Elle fixera des objectifs pour endiguer le recul de la biodiversité. Reste à savoir si les recommandations de l’OCDE seront prises en compte. 



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