Objectifs du Millénaire: encore loin du compte !

Le 20 septembre 2010 par Sabine Casalonga
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En 2015, 86% des habitants des pays en développement devraient avoir accès à l'eau potable
En 2015, 86% des habitants des pays en développement devraient avoir accès à l'eau potable

A 5 ans de l’échéance de 2015 pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, les membres de l’ONU se réunissent du 20 au 22 septembre à New York. A l’exception de certains progrès, la plupart des objectifs, notamment la baisse de la faim dans le monde, ne seront sans doute pas atteints. Dans le contexte actuel de crise économique, plusieurs Etats soutiennent de nouveaux financements comme les taxes sur les transactions financières.

 

« Nous regrettons profondément de devoir constater que le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté ou touchés par la faim dépasse le milliard et que les inégalités, entre pays comme à l'intérieur des pays, restent un problème majeur » indique le projet de document final de l’Assemblée générale de l’ONU, qui devrait être adopté par les chefs d’Etats d’ici mercredi 22 septembre. Tout en soulignant que la crise économique, ainsi que les changements climatiques et la baisse de la biodiversité, ont « accru les vulnérabilités, creusé les inégalités et porté atteinte aux progrès accomplis en matière de développement », les membres de l’ONU ont réaffirmé leur volonté d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) adoptés en 2000 par 189 Etats. Certains experts doutent toutefois de la réalisation des 8 objectifs[1] d’ici 5 ans.

 

Premier d’entre eux, la réduction de 50 % de la population pauvre entre 1990 et 2015, devrait être atteinte, selon l’ONU. En dépit d’un ralentissement des progrès en raison de la crise économique, le taux global de pauvreté devrait tomber à 15 % d’ici 2015 (contre 46 % en 1990 et 22 % actuellement). Environ 920 millions de personnes vivront sous le seuil de pauvreté international (moins de 1,25 dollar -0,78 euro- par jour), soit moitié moins qu’en 1990.

 

En revanche, la réduction de moitié des personnes souffrant de la faim risque d’être compromise. Depuis 2000, les progrès sont en perte de vitesse. Et les crises alimentaires et financière de 2008 et 2009 ont aggravé la situation. Un enfant sur quatre souffre encore d’insuffisance pondérale dans le monde en développement. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture estime à plus d’un milliard le nombre d’individus dénutris en 2009 (contre 817 millions en 1990-1992).

 

La baisse de la mortalité infantile ne devrait pas non plus être suffisante. Et ce, alors que les causes principales (pneumonie, diarrhée, paludisme et rougeole) peuvent être facilement évitées par de simples améliorations des services de santé de base et des interventions, selon l’ONU. Idem pour le taux de mortalité maternelle qui a reculé de moins d’1 % par an entre 1990 et 2005 – un taux largement inférieur aux 5,5 % nécessaires pour atteindre la cible.

 

Côté succès (relatifs) figurent la lutte contre le VIH et le paludisme. Depuis 1996, le nombre des nouvelles infections au VIH s’est en effet stabilisé et le taux de mortalité est en baisse depuis 2004, grâce à un meilleur accès aux trithérapies. Reste que 33,4 millions de personnes vivaient encore avec le VIH en 2008.

 

Le nombre de cas et de décès dus au paludisme s’est effondré de plus de 70 % entre 2000 et 2006, grâce à l’utilisation accrue de moustiquaires imprégnées d’insecticide et d’un meilleur accès aux médicaments. Le nombre de décès demeure toutefois élevé : 863.000 en 2008, dont 89 % en Afrique. Les progrès concernant la tuberculose avancent plus lentement.

 

Concernant la préservation de l’environnement, le bilan est également très médiocre, sans surprise. Aucune des 4 cibles[2] de l’objectif n°7 n’a de chance d’être atteinte dans sa globalité. L’ONU constate que la déforestation ralentit, mais que son taux reste alarmant - environ 13 millions d’hectares par an. L’institution mondiale rappelle que l’objectif de réduction de la perte de la biodiversité en 2010 n’a pas été atteint et que les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) ont augmenté de 35 % en 2007 par rapport au niveau de 1990. Si la cible relative à l’accès à l’eau potable devrait être atteinte (réduction de 50 % de la population qui n’y a pas d’accès), celle concernant le développement de l’assainissement semble hors de portée.

 

Une des raisons de l’échec des Objectifs du millénaire repose sur le non-respect des engagements financiers par les pays donateurs et du non-respect du 8e objectif : le renforcement du Partenariat mondial pour le développement (traiter le problème de la dette des pays en développement, favoriser l’accès aux technologies de l’information etc.) . Ainsi, seuls 5 pays (Suède, Norvège, Danemark, Luxembourg et Pays-Bas) ont atteint l’objectif de 0,7 % du revenu national brut (RNB) fixé pour la part de l’aide publique au développement. La part moyenne était de 0,31 % du RNB des donateurs en 2009, soit un total de 120 milliards de dollars[3]. La France a consacré 0,46 % de son PIB à l’aide internationale en 2009 et l’Union européenne 0,56% en 2010.

 

Un nouveau rapport de l’ONU, intitulé « Le Partenariat mondial pour le développement à la croisée des chemins » conclut à de sérieux déficits par rapport à ces engagements. « L’aide publique au développement marque le pas, déclare dans la préface Ban Ki-Moon, le secrétaire général des Nations unies. Quoi qu’il en soit, l’incertitude économique ne peut nullement servir d’excuse pour que nous ralentissions nos efforts de développement ou que nous reculions face à nos engagements internationaux en matière d’entraide. »

 

Le projet de document qui sera adopté par les chefs d'Etat évoque la recherche de nouveaux financements, incluant les taxes sur les billets d'avion, la téléphonie mobile et les transactions financières. CCFD-Terre Solidaire, qui dénonce les limites d'une approche caritative pour atteindre les OMD, soutient la création de taxes sur les transactions financières ainsi que la lutte contre l'évasion fiscale dans les pays du Sud. « Chaque année, 800 milliards d'euros de flux illicites échappent aux pays pauvres pour être détournés dans les paradis fiscaux, soit près de 10 fois l'aide au développement octroyée par l'ensemble des pays riches ! », souligne-t-elle dans un communiqué.

 

 


[1] Réduire l’extrême pauvreté et de la faim, assurer l’éducation primaire pour tous, promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, réduire la mortalité infantile, améliorer la santé maternelle, combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies et assurer un environnement durable.

[2] Intégrer les principes du développement durable dans les politiques et programmes nationaux et inverser la tendance actuelle à la déperdition des ressources naturelles ; Réduire l’appauvrissement de la diversité biologique et en ramener le taux à un niveau sensiblement plus bas d’ici 2010 ; Réduire de moitié, d’ici 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas d’accès à un approvisionnement en eau potable ni à des services d’assainissement de base ; Améliorer sensiblement, d’ici 2020, les conditions de vie de 100 millions d’habitants des taudis.

[3] L’aide des membres du Comité d’aide au développement



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