Objectif du plan Loup 2013: abattre 10% des loups français

Le 25 mars 2013 par Marine Jobert
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10% des 250 loups présents sur le territoire français pourraient être abattus en 2013.
10% des 250 loups présents sur le territoire français pourraient être abattus en 2013.
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Abattre 10% des effectifs de loups en France, c’est la solution retenue vendredi 22 mars par le «groupe national Loup» (GNL) qui réunit, dans le cadre du plan national Loup 2013-2017, des représentants des ministères de l’écologie et de l’agriculture, des élus, des représentants de l’ONCFS[1] et d’organisations agricoles, des éleveurs et trois ONG (FNE, WWF et Férus). 24 loups[2] pourront être tirés en 2013, sur une population estimée à environ 250 animaux. Le chiffre de 24 «a été déterminé pour garantir la progression de l'espèce, mais une progression faible parce qu'actuellement, les loups progressent de 19% par an, ce qui est assez spectaculaire», a déclaré Christophe Castaner, président du GNL, à l’AFP. «Même si on en prélève 24, on sait qu'on a 65 ou 70% de chances que le nombre de loups en France continue à progresser», a-t-il précisé.

 

Des propos qui font hurler Pierre Athanaze, le président de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). «Le loup est une espèce protégée[3], mais qui de fait se retrouve gérée comme une espèce chassable soumise à un plan gibier!», explique t-il au Journal de l’environnement. Et de dénoncer l’objectif réel poursuivi: «Cet abattage n’est qu’une mesure démagogique destinée à calmer les éleveurs les plus hostiles au loup, qui ne se satisferont pas longtemps de cette mesure, car leur but est l’éradication totale de tout prédateur». Le président de l’association Eleveurs et Montagnes, Yves Derbez, s’est pour le moins senti entendu par les autorités: «Je suis maintenant convaincu que l'Etat a la volonté de faire vraiment quelque chose pour aider les éleveurs (…) Il a maintenant une obligation de résultat envers la profession. Ma seule inquiétude est liée aux moyens qui seront mis en œuvre. L'Etat aura-t-il les moyens d'arriver au résultat escompté?», se demande-t-il dans un communiqué. Des craintes à lire en se rappelant les déboires de l’an passé, quand les 11 «tirs de prélèvement» autorisés -termes retenus pour désigner les opérations de destruction - s’étaient soldés par l’abattage de 3 loups seulement, «ce qui révèle un problème d’efficacité», avait commenté Delphine Batho début février [JDLE]. La fédération des acteurs ruraux, qui regroupe des éleveurs alpins, s’est montrée très mécontente des annonces de vendredi: «L'Etat confirme son choix de privilégier les loups au détriment des éleveurs, des bergers, des professionnels qui dépendent d'eux et des familles de tous. L'Etat fait le choix d'être le complice et le commanditaire des attaques des loups féroces et sanguinaires sur les troupeaux

La mesure sera-t-elle seulement efficace pour protéger les troupeaux? L'objectif du plan Loup est de «trouver l'équilibre entre l'affirmation que le loup restera une espèce protégée en France et donner de vrais moyens aux éleveurs de pouvoir se défendre, parce qu'on est passé de 0 à 5.000 bêtes tuées en quelques années, et surtout il y une désespérance sociale d'une très très grande violence chez les éleveurs», selon Christophe Castaner. Et Yves Derbez de raconter «les éleveurs qui craquent, ceux qui font des dépressions nerveuses à force d'être harcelés par le loup, ceux qui n'osent plus laisser leurs enfants sortir seuls dehors, craignant pour leur vie». Plus terre à terre, Pierre Athanaze estime qu’«on va perdre du temps, de l’argent et ne pas régler le problème: un autre loup remplacera le loup qui aura été tué, avec des meutes qui seront désorganisées et causeront plus de dégâts.» La seule mesure durable, selon lui, passe par une réforme du pastoralisme, avec des troupeaux protégés (notamment par des chiens Patous). «Seuls les dégâts occasionnées sur des troupeaux protégés devraient être indemnisés», estime le président de l’Aspas, qui dénonce la simplification annoncée des mesures d’indemnisation.

 

Le nombre d’attaques de grands canidés est globalement en hausse, mais de façon irrégulière: 736 en 2008 (avec 2.680 animaux tués) et 1.414 en 2011 (avec 5.848 animaux tués). Les indemnisations ont coûté 2 millions d’euros imputés au ministère de l’écologie (dont 0,79 M€ pour les dommages aux troupeaux domestiques) et les mesures de protection ont représenté 7,5 M€ dans le budget du ministère de l’agriculture (dont 700.000 € de protection passive avec chiens, enclos, etc.).

 

Les recommandations du GNL seront soumises prochainement à une consultation publique. Stéphane Le Foll et Delphine Batho devraient prendre un arrêté de mise en œuvre au plus tard fin mai.



[1] ONCFS: Office national de la chasse et de la faune sauvage

[2] 22 loups pourront être tirés, plus une réserve de 2 pour garantir aux éleveurs la possibilité de se protéger si le plafond est atteint avant la fin de l'année.

[3] Le loup est protégé par la Convention de Berne et par la directive européenne Habitats du 21 mai 1992. Celle-ci n’autorise les prélèvements qu’en dernier recours, lorsque ces opérations ne nuisent pas au maintien de la population dans un état de conservation favorable, lorsqu’elles préviennent des dommages importants aux élevages et lorsqu’aucune solution alternative satisfaisante n’existe.

 



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