Obésité: les perturbateurs endocriniens peinent à faire leur place

Le 10 avril 2013 par Romain Loury
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Le lien entre les PE et l'obésité doit être mieux pris en compte
Le lien entre les PE et l'obésité doit être mieux pris en compte

Le rôle des perturbateurs endocriniens (PE) dans l’obésité et le surpoids, conforté par de nombreuses études, doit être mieux pris en compte qu’il ne l’est actuellement, ont estimé plusieurs experts lors du colloque Ecod (Environnement chimique, obésité, diabète), organisé le 4 avril par le réseau Environnement-santé (RES) et la Mutualité française.

Exemple frappant, les versions successives du programme national Nutrition-santé (PNNS), qui en est à sa troisième (PNNS3, 2011-2015): aucune place n’est accordée aux PE. Dès son lancement en 2001, «le PNNS a été centré sur les nutriments et l’activité physique, beaucoup de domaines n’ont pas été couverts», reconnaît Serge Hercberg, président du PNNS.

Parmi ces trous noirs, les causes environnementales de l’obésité, en particulier l’impact des PE, pourtant conforté par de nombreux travaux. «Il faut sortir de la vision classique [de l’obésité] pour parler de ses causes environnementales», estime André Cicolella, président du RES. «Nous sommes conscients qu’il faut que nous intégrions cette dimension», renchérit Serge Hercberg. Reste à savoir de quelle manière.

Pour le nutritionniste montpelliérain Laurent Chevallier, il faudrait tout simplement l’intégrer dans la prochaine version du PNNS. Même tendance chez Jean-Louis Roumegas, député écologiste de l’Hérault -et successeur de Gérard Bapt à la tête du groupe d’étude Santé environnementale de l’Assemblée nationale-, qui se veut «une force de proposition pour renforcer la thématique santé-environnement dans les grands plans».

Pour Serge Hercberg, il y a là un risque de «segmentation» du sujet des PE. Selon lui, mieux vaut au contraire renforcer la «transversalité» entre le PNNS et le plan national Santé-environnement (PNSE). A ce jour, la seule articulation entre eux a trait à «la mobilité douce», à savoir l’utilisation du vélo et la marche à pied.

Mais le manque de prise en compte des PE va bien au-delà des plans gouvernementaux. «Il y a d’une part un manque de formation des professionnels de santé, d’autre part un défaut de pédagogie des chercheurs en toxicologie, [ce qui engendre] un cloisonnement persistant entre les acteurs de la santé et ceux de l’environnement», estime le président de la Mutualité française, Etienne Caniard.

D’où les fortes attentes quant à la future Stratégie nationale sur les PE (SNPE), prévue lors de la Conférence environnementale de septembre dernier. Présentée en juin prochain au conseil des ministres, elle comportera, comme principaux axes, «la recherche, l’expertise, les mesures concrètes et l’information du public», évoque Catherine Mir, de la Direction générale de la prévention des risques (DGPR) au ministère de l’écologie.

Du côté de la recherche, l’inquiétude continue à régner (voir le JDLE). Placé sous l’égide du ministère de l’écologie, le programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens (PRNPE) n’a ainsi «pas lancé d’appels d’offres depuis trois ans», en raison de la baisse de ses crédits, indique Rémy Slama, qui préside son conseil scientifique. Créé en 2005, le PRNPE a lancé trois appels d’offres à ce jour, en 2005, 2008 et 2010. «Cela commence à faire long», ajoute-t-il, indiquant être en discussion avec le ministère.



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