Obésité: les lipides, une question de goût?

Le 04 septembre 2013 par Romain Loury
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Détectons les lipides !
Détectons les lipides !

Les personnes obèses auraient une moindre sensibilité gustative aux lipides, ce qui pourrait en partie expliquer la consommation excessive qu’elles en font, suggère une étude française menée chez l’animal et publiée dans le Journal of Lipid Research.

C’est un fait: tout individu est naturellement prédisposé à préférer les aliments gras. Une attirance qui repose sur un système de détection prenant racine dans les papilles gustatives, relayant le message «présence de lipides» jusqu’au cerveau. Or ce détecteur de lipides pourrait être déréglé chez les personnes obèses, ainsi que le suggère l’étude publiée par l’équipe de Philippe Besnard, du Laboratoire de physiologie de la nutrition et toxicologie (NUTox, unité Inserm U866, Dijon).

Entre autres expériences, les chercheurs ont confronté des souris, rendues obèses par un régime hypercalorique, à deux flacons: l’un contenant une solution sans lipides, l’autre une solution en contenant à des doses variées. Résultat, les souris contrôles s’avéraient sensibles aux solutions lipidiques, qu’elles préféraient à l’aliment non lipidique, tandis que les obèses, au goût moins prononcé, ne manifestaient aucune préférence pour l’une ou l’autre.

Pour les chercheurs, c’est bien l’obésité qui est responsable de cette perte de goût: une fois qu’elles avaient perdu du poids, les souris retrouvaient un seuil normal de détection des lipides. La taille du tissu adipeux était d’ailleurs corrélée à la perception, un effet à distance dont les chercheurs suspectent la nature hormonale.

Un récepteur moins actif chez les obèses

Selon leurs expériences, cette sensibilité plus ou moins aiguë aux lipides serait liée au CD36, récepteur présent à la surface des papilles gustatives. Stimulé par fixation des lipides, il déclenche au sein des cellules une cascade de signalisation de type calcium, laquelle va entraîner une libération de neurotransmetteurs et, in fine, la stimulation des zones cérébrales impliquées dans le goût.

«En extrayant certaines [des cellules de papilles gustatives], nous avons montré que cette voie de signalisation calcique dépendante du couple CD36/lipides fonctionne moins bien chez les souris obèses. Cela révèle une baisse de sensibilité des cellules gustatives aux lipides et confirme donc nos observations comportementales», explique Philippe Besnard, cité par un communiqué de l’Inserm.

«Ces travaux montrent bien que l’obésité interfère avec la perception gustative des lipides. Nous devons maintenant vérifier si cela entraîne une modification du comportement avec une augmentation des apports alimentaires. Si c’est le cas et que nous parvenons à en comprendre les mécanismes, il sera alors envisageable d’intervenir de façon thérapeutique ou nutritionnelle pour briser ce cercle vicieux», conclut le chercheur.

 



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