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Obésité: l’appétit, une question d’anticorps?

Le 30 octobre 2013 par Romain Loury
Quand la ghréline s'en mêle
Quand la ghréline s'en mêle

Des chercheurs de Rouen ont mis en évidence un nouveau mécanisme expliquant le gros appétit des personnes obèses, impliquant des anticorps dirigés contre l’hormone de la faim, la ghréline, lors de travaux publiés le 25 octobre dans la revue Nature Communications.

A l’origine de ces travaux, le constat selon lequel «au moins 50%» des obèses souffrent d’hyperphagie (tendance à trop manger), explique Pierre Déchelotte, directeur de l’unité Inserm 1073 («Nutrition, inflammation et dysfonction de l’axe intestin-cerveau», Rouen). Or le plus souvent, leur taux de ghréline, hormone de la faim synthétisée par l’estomac et agissant sur l’hypothalamus, s’avère normal, voire plus bas que celui de personnes non obèses.

C’est ce paradoxe que l’étude de l’équipe rouennaise parvient à expliquer: comme toute personne, les obèses possèdent des anticorps dirigés contre la ghréline, mais ceux-ci s’y fixent environ trois fois plus fortement. Liée à ces immunoglobulines, l’hormone se trouve ainsi mieux protégée d’une dégradation qui la rendrait inefficace, et parvient en plus grandes quantités au cerveau. D’où un appétit augmenté chez les personnes obèses.

Pour montrer cela, les chercheurs ont injecté de la ghréline à des rats, ainsi que des anticorps provenant d’humains obèses ou non. Seuls les animaux ayant reçu les anticorps de personnes obèses développaient une hausse d’appétit dans les heures suivant l’injection, tandis que ceux ayant reçu des anticorps de personnes-contrôles ne présentaient aucun effet. Même résultat chez la souris, traitée avec des anticorps de souris obèses.

A l’inverse, les anticorps anti-ghréline trouvés dans le sang de personnes souffrant d’anorexie présentent une moindre affinité pour leur cible: «Ils sont moins capables de transporter efficacement la ghréline, et diminueraient ainsi ses effets orexigènes [qui ouvrent l’appétit]», expliquent les chercheurs.

 

La flore intestinale en cause?

D’où viennent ces différences d’affinité des anticorps pour la ghréline? Interrogé à ce sujet, Pierre Déchelotte évoque la piste de la flore intestinale, décidément très en vogue dans la recherche sur l’obésité. Selon lui, certaines bactéries présenteraient des antigènes similaires à ceux retrouvés sur la ghréline: la flore intestinale variant d’un individu à l’autre, chacun d’entre nous disposerait d’anticorps plus ou moins «affins» pour cette hormone.

Selon Pierre Déchelotte, cette hypothèse d’un rôle de la flore intestinale sur la production d’anticorps anti-ghréline, et donc sur l’appétit, serait plus solide que celle de la «récupération énergétique», selon laquelle les bactéries intestinales agiraient principalement sur le niveau d’absorption des nutriments par l’organisme.

Prochaine étape pour les chercheurs, creuser plus avant la corrélation entre l’hyperphagie retrouvée chez les personnes obèses et l’affinité de leurs anticorps anti-ghréline vis-à-vis de cette hormone. Au-delà, ces recherches pourraient ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques, avec une possible manipulation de la flore intestinale, voire de l’immunité liée aux anticorps.



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