Obésité infantile: un calcul pour prédire le risque du bébé

Le 05 décembre 2012 par Romain Loury
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6 critères permettent d'évaluer le risque d'obésité
6 critères permettent d'évaluer le risque d'obésité

Une équipe internationale de chercheurs a mis au point une méthode de calcul simple pour prédire le risque ultérieur d’obésité chez le nouveau-né, lors de travaux coordonnés par le laboratoire Génomique et maladies métaboliques (CNRS/Université Lille 2/Institut Pasteur de Lille) et publiés dans la revue PLoS ONE.

Mise au point sur la cohorte finlandaise NFBC1986, qui regroupe 4.032 enfants suivis depuis leur naissance en 1986, cette méthode repose sur 6 facteurs simples à recueillir: les indices de masse corporelle (IMC) du père et de la mère, le nombre de personnes dans la famille, la profession de la mère, le tabagisme pendant la grossesse et le poids de naissance de l’enfant.

Une fois toutes ces données incluses, cette méthode livre une probabilité d’obésité de l’enfant à 7 ans et 16 ans. Parmi les 6 éléments utilisés, ce sont les deux IMC parentaux qui présentent l’importance statistique la plus élevée; quant aux variants génétiques découverts lors de précédentes études, ils n’améliorent que très peu le résultat final, ce qui a conduit les chercheurs à les exclure.

Mise au point sur des enfants finlandais, cette méthode conserve un bon niveau prédictif dans des groupes d’enfants d’autres pays (Italie, Etats-Unis), bien que légèrement inférieur. D’où l’idée qu’il faudrait l’ajuster au contexte local, par exemple en tenant compte de l’origine ethnique aux Etats-Unis –le risque d’obésité est plus élevé chez les Noirs et les Latino-Américains.

Interrogé par le JDSA sur l’ajustement de cette méthode à d’autres pays, Philippe Froguel, qui dirige le laboratoire Génomique et maladies métaboliques, estime qu’«il faut pour cela disposer de très bonnes données». Aux Etats-Unis, et dans une moindre mesure en France, il est selon lui important d’inclure l’origine ethnique, plus variée qu’en Finlande. Une donnée que, pour des raisons éthiques, il est parfois difficile de recueillir dans les cohortes.

S’il est probable qu’il s’avère moins affûté qu’en Finlande, cet outil pourrait d’ores et déjà être utilisé en France, estime Philippe Froguel. Notamment afin de «concentrer les efforts des professionnels de santé (médecins PMI, pédiatres, diététiciens, psychologues…) sur les enfants présentant les risques les plus élevés», explique le CNRS dans un communiqué. «Il permettrait notamment de cibler des familles peu touchées par les campagnes d'information à grande diffusion (type programme national Nutrition-santé en France), qui ont des effets favorables seulement dans les milieux favorisés».

Son efficacité statistique n’atteignant que 78% chez les enfants de 7 ans, il ne s’agit en rien d’une méthode diagnostique, soulignent les chercheurs. «Une fois informés d’un risque accru chez leur bébé, les parents seraient plus réceptifs aux conseils prodigués les premières années», notamment sur l’allaitement, le sevrage, la taille des portions, la télévision et les sodas, ajoute le CNRS.

Pour Philippe Froguel, «on pourrait déjà détecter trois quarts des futurs obèses de cette façon». Une proportion à laquelle il faut ajouter les 5% d’enfants souffrant d’une obésité sévère liée à des mutations génétiques, et pour lesquels cet outil ne s’applique pas.

Reste à savoir, une fois averti de ce risque éventuel, comment éviter à son enfant de devenir obèse. Pas forcément en évitant les lipides, selon la découverte contre-intuitive que vient de publier l’Unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Uren) (Inserm, Inra, Cnam[1], Université Paris 13) dans l’International Journal of Obesity.

Menée sur les enfants de la cohorte française Elance (Etude longitudinale alimentation nutrition croissance des enfants), cette étude révèle que la masse graisseuse abdominale est plus abondante à 20 ans chez les personnes ayant eu de faibles apports en lipides durant leur petite enfance.

«Au cours de cette période précoce, l’organisme s’adapte pour prévoir l’environnement à venir. En cas de régime pauvre en lipides, le métabolisme sera programmé pour faire face aux déficits et ne sera pas préparé à faire face à des apports élevés en lipides ultérieurement», explique Marie-Françoise Rolland-Cachera de l’Uren, co-auteure de ces travaux, dans un communiqué de l’Inserm.

«Ces dernières années, la tendance repose sur des apports assez faibles en lipides au cours des premières années de vie et qui augmentent ensuite. Il faut faire exactement l’inverse! Ne pas restreindre les lipides chez les jeunes enfants, conformément aux recommandations officielles, puis diminuer progressivement les apports qui doivent être adaptés aux besoins à chaque âge de la vie», poursuit la chercheure.

Selon des données 2007 de l’Institut de veille sanitaire (InVS), le taux d’obésité et surpoids atteint 18,4%, celui d’obésité 3,8%, chez les enfants de 7 à 9 ans vivant en France. Comme chez l’adulte, ces chiffres semblent se stabiliser depuis quelques années.



[1] Inserm :Institut national de la santé et de la recherche médicale

Inra :Institut national de recherche agronomique

Cnam : conservatoire national des Arts et Métiers

 



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