Obésité, diabète: le BPA se livre un peu plus

Le 24 avril 2014 par Romain Loury
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les otolithes du poisson-zèbre sensibles au BPA
les otolithes du poisson-zèbre sensibles au BPA
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Des chercheurs français ont prouvé l’existence d’un autre mécanisme d’action que la seule voie œstrogénique pour expliquer les effets biologiques du bisphénol A, en particulier le diabète et l’obésité.

 

Jusqu’alors, les récepteurs aux œstrogènes étaient considérés comme les cibles principales du BPA. Ce qui permettait aisément d’expliquer de nombreux effets reproductifs liés à cet agent, telles que baisse du nombre de spermatozoïdes, hypertrophie de la prostate, réduction de la distance anogénitale et puberté précoce.

En revanche, bien d’autres effets associés au BPA, tels que l’obésité, le diabète et les troubles du comportement chez l’enfant, peinaient à trouver une explication, du fait qu’ils sont moins clairement liés à la voie œstrogénique. Le mystère semble en partie s’être dissipé grâce aux travaux publiés dans le FASEB Journal [1] par l’équipe de Vincent Laudet, de l’Institut de génomique fonctionnelle de Lyon (IGFL, ENS de Lyon/CNRS/université Claude Bernard Lyon 1).

Plusieurs travaux avaient déjà suggéré des effets du BPA indépendants des récepteurs aux œstrogènes. En 2011, les chercheurs lyonnais ont eux-mêmes montré chez le poisson-zèbre, modèle animal de laboratoire, que le BPA induisait une malformation des otolithes, structures minéralisées de l’oreille interne impliquées dans le sens de l’équilibre. Et ce sans recours aux récepteurs des œstrogènes.

Faisant suite à ces travaux, l’équipe démontre cette fois-ci que c’est le récepteur ERRgamma (Estrogen-Related Receptor Gamma, ou ERRγ) qui fait le lien entre BPA et otolithes. Si une équipe japonaise avait déjà montré une interaction in vitro entre l’ERRγ et le BPA, cette nouvelle étude démontre sa réalité in vivo. C’est d’ailleurs la première fois qu’est prouvé un effet biologique du BPA impliquant un autre récepteur que ceux aux œstrogènes.

Un récepteur orphelin impliqué dans le métabolisme

L’ERRγ est qualifié d’orphelin, c’est-à-dire qu’il ne dispose pas de ligand naturel connu, rappelle Vincent Laudet, contacté par le JDLE. Chez l’homme, il est impliqué dans la néoglucogenèse (synthèse de glucose au niveau du foie) et dans la réponse à l’insuline. Ce qui, selon le directeur de l’IGFL, pourrait expliquer les effets du BPA sur l’obésité et le diabète.

D’autres effets pourraient être à découvrir: des travaux génétiques ont ainsi montré «un  lien entre certains polymorphismes [variations génétiques] du gène codant pour ERRγ et l’audition chez l’homme», ce qui n’est pas sans évoquer les problèmes d’oreille interne chez le poisson-zèbre, avance Vincent Laudet. D’où l’idée d’un éventuel lien entre BPA et problèmes d’audition, domaine de recherche pour l’instant «terra incognita».

L‘affinité du BPA pour l’ERRγ est bien plus forte qu’elle ne l’est pour les récepteurs aux œstrogènes, d’un facteur 1.000, estime Vincent Laudet. Mais il reste probablement à découvrir d’autres récepteurs fixant le BPA, le chercheur citant notamment les récepteurs des hormones thyroïdiennes et le récepteur à la testostérone.

La recherche de substituts au-delà des récepteurs œstrogéniques

Selon Vincent Laudet, cette découverte pose de nouveaux défis pour la recherche, actuellement très active, de substituts du BPA: «il ne faudra pas regarder que les récepteurs aux œstrogènes, mais également l’ERRγ», explique-t-il. Et peut-être bien d’autres récepteurs…

L’un des co-auteurs de l’étude, Patrick Balaguer de l’Institut de recherche en cancérologie de Montpellier (IRCM, Inserm/université Montpellier 1) travaille justement à la recherche de tels substituts du BPA grâce à des outils de bio-informatique, qui lui permettent de tester l’éventuelle interaction de ces molécules avec  des récepteurs.

Contacté par le JDLE, le chercheur montpelliérain indique déjà intégrer de nombreux récepteurs -ceux aux œstrogènes, l’ERRγ, mais aussi les récepteurs nucléaires, ceux aux hormones thyroïdiennes, etc.-, afin de s’assurer de l’absence d’interaction.

Le bisphénol A fait actuellement l’objet d’une réévaluation de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), l’avis final ayant été repoussé à la fin de l’année –en raison d’un nombre importants de commentaires lors de la période de consultation. Interdit dans tous les contenants alimentaires à partir du 1er janvier 2015, il l’est déjà depuis 2013 dans ceux destinés aux enfants de moins de 3 ans.

[1] Federation of American Societies for Experimental Biology



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