Obama: un discours climatique en trompe-l’œil

Le 26 juin 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les militaires US devront utiliser plus d'énergies renouvelables.
Les militaires US devront utiliser plus d'énergies renouvelables.

Très attendu, le discours sur le climat du président américain aura plus d’effets économiques et politiques qu’environnementaux. Voici pourquoi.

Le président américain a tenu sa promesse. Mardi 25 juin, Barack Obama a bien prononcé un discours présentant la politique climatique qu’il entend mettre en œuvre durant les trois dernières années de son ultime mandat. Très attendue, cette série d’annonces a pourtant de quoi décevoir.

 

Que promet le locataire de la Maison blanche?

Barack Obama va demander à l’agence fédérale de protection de l‘environnement (EPA) de fixer des limites d’émission de gaz carbonique pour les centrales thermiques actuelles et à venir. Ces deux propositions de normes devront être respectivement sur la table en juin 2014 et en septembre 2013. Rien de vraiment nouveau puisque les textes existent déjà. L’EPA avait présenté une première mouture de ces textes en avril… 2012. Mais l’avait vite remballée devant le tollé qu’elle avait suscité, dans les rangs républicains et chez les partisans de l’industrie charbonnière.

Attachée à alléger l’empreinte carbone du secteur électrique (responsable de 40% des émissions US de CO2), l’administration démocrate adoucira la rudesse des normes futures par 8 milliards de dollars (6 Md€) d’aides fiscales pour faciliter la transition énergétique des producteurs et des consommateurs de charbon. Une ligne budgétaire qui pourrait être financée par l’arrêt des subventions octroyées jusqu’ici aux compagnies pétrolières et gazières. A condition que le Congrès l’accepte, bien sûr.

Washington entend aussi faciliter la construction de fermes éoliennes et de centrales photovoltaïques sur les terres fédérales. Barack Obama espère ainsi que 10.000 mégawatts de capacités éoliennes et solaires nouvelles seront mises en service d’ici 2020. Ce qui équivaut à l’effort que la France devra accomplir dans les mêmes domaines et sur la même période.

Parallèlement, les agences fédérales devront installer 100 MWc de photovoltaïques sur leurs immeubles. On frôle là le ridicule.

L’ancien sénateur de l’Illinois (l’Etat automobile) a aussi annoncé un durcissement des normes d’émission des poids lourds, pour 2018. Ce qu’il a déjà fait avec les véhicules légers et les voitures en 2012 [JDLE].

Quelle efficacité climatique?

Au total, Barack Obama espère que la mise en œuvre de ces mesures permettra d’éviter l’émission cumulée de 3 milliards de tonnes de dioxyde de carbone d’ici 2030. Impressionnant? Pas vraiment. Cela permettra tout juste aux Etats-Unis de tenir l’engagement pris à Copenhague en 2009: réduire de 17% le bilan carbone américain entre 2005 et 2020.

Car, avec la reprise économique, les courbes d’émission repartent à la hausse. Entre 2005 et 2011, les émissions nationales ont diminué de près de 10%, estime le service de statistiques du secrétariat à l’énergie (EIA): les dividendes de la crise économique et du boom des gaz non conventionnels. Hélas, avec le renchérissement du prix du gaz et l’effondrement de ceux du charbon, industriels et électriciens reviennent au King Coal. Et selon des prévisions de l’EIA, l’Oncle Sam pourrait voir, cette année, son bilan carbone s’alourdir de 2,5%. Une tendance qui pourrait se poursuivre encore longtemps.

Business as usual?

En fait, c’est sur l’aspect économique de la lutte contre le changement climatique que Barack Obama fait montre d’un réel dynamisme. Grâce au récent accord arraché au président chinois sur les HFC [JDLE], le président américain va promouvoir les techniques alternatives à ces gaz réfrigérants dotés d’un dramatique pouvoir de réchauffement global.

Dans la même veine, la Maison blanche entend initier des négociations, au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), pour libéraliser le commerce des biens environnementaux, parmi lesquels on peut classer les sources de production d’énergies renouvelables, en général, et solaire en particulier. Autre perche tendue à la Chine.

Des mesures symboliques?

Même pas. Nombre d’observateurs attendaient du président américain qu’il annonce l’abandon du projet de super oléoduc canado-américain. Il n’en a rien été. Barack Obama a bien évoqué le Keystone XL mais pour aussitôt préciser que «notre intérêt national sera préservé seulement si cet oléoduc ne contribue pas significativement au problème climatique». Le calcul est vite fait. Avec une capacité annoncée de transport de 800.000 barils de pétrole par jour, le super «pipe» contribuera à l’émission d’environ 125 millions de tonnes de CO2 par an. Soit 2% des émissions nationales.

Un sans-faute politique?

Au-delà de la lettre de son discours, Barack Obama fait néanmoins preuve d’une certaine habilité. Les mesures annoncées ne sont pas suffisamment fortes pour hérisser durablement le poil des républicains. Le locataire de la Maison blanche a d’ailleurs pris soin de rappeler que 75% des capacités éoliennes du pays étaient installées dans des districts tenus par des élus… républicains.

A l’extérieur, l’initiative américaine devrait susciter l’enthousiasme. Et notamment dans les pays les moins avancés (PMA) qui ont bien entendu que les Etats-Unis allaient investir 7 Md$ (5,3 Md€) dans l’aide à l’adaptation aux changements climatiques des PMA. Reste à savoir d’où viendra l’argent. Les grands émergents ont noté que Washington voulait dynamiser le commerce des sources «d’énergies propres». Ce qui ne peut qu’intéresser la Chine, premier producteur mondial de panneaux solaires.

Les parties prenantes à la négociation internationale y voient aussi la volonté de l’Hyperpuissance d’aller de l’avant. Dans un communiqué commun, les ministres français des affaires étrangères, de l’écologie et du développement saluent «les mesures présentées» par Barack Obama. «Elles marquent l'engagement des Etats-Unis dans ce combat majeur et devraient contribuer à une dynamique positive dans les négociations internationales», poursuivent Laurent Fabius, Delphine Batho et Pascal Canfin. L’important, c’est d’y croire.



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