Nutrition: pari tenu pour les chartes d’engagement?

Le 12 décembre 2012 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Schweppes s'est engagée à à améliorer la qualité nutritionnelle de ses produits.
Schweppes s'est engagée à à améliorer la qualité nutritionnelle de ses produits.

Les chartes d’engagement volontaire de progrès nutritionnel ont un effet bénéfique, mais encore modeste, sur l’alimentation de la population française, selon une étude présentée par l’Observatoire de la qualité de l’alimentation (Oqali).

C’est à l’occasion du deuxième programme national Nutrition-santé (PNNS2, 2006-2011) qu’ont été lancées ces chartes. Validées par un comité placé entre autres sous l’égide de la Direction générale de la santé (DGS), elles engagent l’entreprise à améliorer la qualité nutritionnelle de ses produits, vis-à-vis d’un ou plusieurs nutriments (sucres, sel, lipides, fibres, etc.)

A ce jour, 31 entreprises en ont signé une, dont les plus connues sont Casino, Orangina Schweppes, Taillefine, Marie, Findus, Maggi, Herta, Fleury Michon, Mac Cain, Lesieur et Kellogg’s. Deux consistent en des conventions collectives, l’une de la Fédération française des industriels charcutiers, traiteurs et transformateurs de viandes (FICT), l’autre de l’Union interprofessionnelle des jus de fruits et nectars (Unijus). Du point de vue nutritionnel, ces chartes semblent d’ores et déjà payer, révèle l’étude présentée au deuxième colloque de l’Oqali, qui s’est tenu le 4 décembre au ministère de l’agriculture.

Bien que les produits visés par ces chartes ne constituent qu’environ 4% de l’alimentation totale des Français (mais jusqu’à 16% pour le sel), leur reformulation aurait déjà un effet sur les apports nutritionnels totaux. Menée sur la base de l’étude Inca2, qui a détaillé les habitudes alimentaires des Français, l’étude révèle une hausse de 2% de la consommation de vitamine D, une baisse de 0,4% des sucres, de 0,4% des lipides et de 1,1% du sodium. Des chiffres a priori modestes, mais qui permettent à 28% des hommes d’atteindre les objectifs nutritionnels en termes de lipides, à 14% des femmes ceux en matière de sel.

Selon l’Oqali, ces estimations pourraient même être en dessous de la réalité: d’une part, certains industriels ont pu se livrer à des reformulations sans mettre en place de chartes d’engagements, d’autre part, nombreux sont ceux à intégrer des critères nutritionnels dans leur cahier des charges. Preuve de cet évolution «hors charte», d’autres données présentées par l’Oqali, montrant une amélioration de plusieurs types de céréales pour petit-déjeuner: moins de sucres dans les céréales fourrées, moins de sodium dans celles de type «équilibre».

Or cette évolution touche aussi bien les marques nationales que celles des distributeurs et celles de type hard discount. Résultat intéressant: pour le sel comme pour les sucres et les lipides, c’est dans la catégorie des plus forts consommateurs que l’effet des chartes semble le plus marqué. Autre intérêt, leur impact s’avère socialement neutre: il n’est pas plus important dans les classes plus favorisées –une critique souvent faite aux politiques de prévention, particulièrement dans le domaine de l’alimentation. «C’est une politique d’offre, pas de la demande», explique au JDSA Jean-Luc Volatier, adjoint au directeur de l’évaluation des risques de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses). Avec seulement 4% de produits concernés par les chartes, «l’évolution est assez modeste, mais elle va dans le bon sens», ajoute Jean-Luc Volatier.

Reste à l’accélérer par «une plus grande diffusion des chartes auprès des entreprises, notamment de type collectif», comme celles du FICT ou d’Unijus, qui ont le plus d’impact nutritionnel. «Si on peut avoir plus de chartes, ce sera bien», reconnaît Michel Chauliac, médecin de santé publique en charge du PNNS à la DGS, interrogé par le JDSA. «Les entreprises savent que ce système existe, elles décident ou non d’y venir: c’est pour elles un engagement de gros travail de reformulation», indique-t-il. Au-delà des 31 chartes déjà signées, 3 autres seraient «sur le feu», dont une par «une grosse entreprise très connue», une deuxième par «une marque de produits destinés notamment aux enfants», affirme Michel Chauliac, qui ne souhaite pas citer de nom tant qu’elles n’ont pas été signées.

Dans un avis publié en novembre, l’Anses a rapporté une baisse de la consommation de sel dans la population française, de 4% à 10% depuis 2003 (voir le JDLE). Un résultat encourageant, mais insuffisant pour l’agence, qui évoque la possibilité d’actions complémentaires aux chartes, éventuellement de type réglementaire.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus