Nucléaire: y-a-t-il un pilote dans l’avion?

Le 06 septembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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EDF réussira-t-elle à imposer la construction de 6 EPR en France?
EDF réussira-t-elle à imposer la construction de 6 EPR en France?
VLDT

Tiraillé entre les pressions exercées par EDF et les contraintes réglementaires, l’Etat peine à définir sa politique nucléaire.


C’est l’une des conclusions du débat public récemment organisé sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE): «Un grand flou sur qui fait quoi et qui décide quoi». La tirade s’applique parfaitement à l’énergie nucléaire. Qu’on en juge plutôt.
60 ans de durée de vie?
Initiée l’an dernier, la révision de la PPE doit comprendre un important chapitre consacré à l’électronucléaire. Normal. Le parc de centrales est vieillissant. A supposer que les réacteurs actuels soient autorisés, comme le souhaite EDF depuis 2009, à fonctionner 60 années, les trois quarts du parc devront tout de même être arrêtés d’ici 2050.
6 EPR de nouvelle génération
Nous devons donc composer aujourd’hui le bouquet électrique de demain. Bouquet dont le facteur carbone devra être au moins aussi bon que l’actuel. EDF a fait connaître son projet. Dans deux rapports, l’un commandé à la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), l’autre voulu par le gouvernement, l’opérateur estime indispensable de lancer la construction d’une demi-douzaine de réacteurs EPR. Une façon de maintenir le savoir-faire industriel et d’éviter ‘l’effet falaise’ d’une fermeture simultanée d’un grand nombre d’unités. Manière aussi de doper l’activité de Framatome, nouvelle filiale d’EDF.
dérapage décennal
Oui, mais voilà. Adoptée en 2015, la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) fixe une limite à la production nucléaire. La loi Royal limite à 50% la part de l’atome dans la production d’électrons français à l’horizon 2025. Objectif intenable, avait estimé l’ancien ministre Nicolas Hulot, en novembre 2017. Objectif qui ne sera pas tenu, a précisé mercredi 5 septembre le Premier ministre. A la suite du séminaire gouvernemental d’hier, Edouard Philippe a rappelé «l'engagement pris par le président de la République de permettre la constitution d'un mix énergétique à l'horizon de 2035 avec 50% de nucléaire». Le sujet est d’ailleurs parfaitement connu du locataire de l’Hôtel de Matignon, qui fut dans une autre vie directeur des affaires publiques de feue Areva.
Problème, le gouvernement ne peut pas unilatéralement modifier les règles. Repousser de 10 années un objectif légal doit passer par la loi. Une sacrée couleuvre à avaler pour le nouveau ministre de la transition écologique, François de Rugy, connu pour son engagement anti-nucléaire.
Le pari de l’immobilité
De toute façon, EDF fait le pari que rien ne bougera dans les prochaines années. Le groupe présidé par Jean-Bernard Lévy prévoit même de ne fermer aucun autre réacteur que ceux de Fessenheim avant 2029. Au mépris de la LTECV. Comme l’a rappelé ce jeudi 6 septembre Philippe Sasseigne, EDF a déjà engagé la révision de ses 34 réacteurs les plus anciens. Promettant «une amélioration de la sûreté sans précédent», le directeur du parc nucléaire de l’opérateur historique annonce un investissement de 7 milliards d’euros pour que les machines de 900 mégawatts (MW) puissent fonctionner au-delà de 40 ans.
Nouveau débat public
Et pour bien accompagner le mouvement, l’électricien finance une concertation sur «l’amélioration de la sûreté des réacteurs de 900 MW du parc nucléaire français, dans le cadre de leur 4e réexamen périodique». Coordonné par l’obscur Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), ce débat public sera l’occasion de demander aux Français des idées sur cette partie ultra-technique du programme Grand Carénage . Car la présidente du HCTISN ne doute pas une seconde que ces réacteurs ne sont pas près de s’éteindre. «Tous les réacteurs de 900 MW ne seront pas arrêtés à la suite de la publication de la PPE», affirme Marie-Pierre Comets.
Enquête publique
Cette rénovation ne va pourtant pas du tout de soi. Elle est fonction, d’abord, du programme de fermeture des centrales que doit en principe édicter la prochaine PPE, dont la présentation est attendue pour la fin du mois d’octobre. Ensuite, la poursuite du fonctionnement de chaque réacteur est fonction de l’évaluation de son état lors de sa visite décennale. Et c’est l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui donne l’autorisation de poursuivre ou non l’exploitation. La LTECV a renforcé ce dispositif initial. Désormais, la poursuite de l’activité au-delà de 40 ans devra faire l’objet d’une enquête publique préalable. L’ASN et le public seront donc les co-décisionnaires. Voilà pour le cadre légal. Qui doit s’appliquer dès 2019 au premier réacteur de la série: Tricastin 1.
Neuf réacteurs avant l’avis de l’ASN
Cette année-là, l’ASN n’aura toujours pas fait connaître son avis générique pour la prolongation de la durée de vie des réacteurs au-delà des 40 ans. Au mieux, cette somme de prescriptions générales à EDF n’est attendue que pour la fin de 2021. D’ici là, 9 réacteurs devront avoir engagé leur procédure post-40 ans . Ensuite, le gendarme du nucléaire devra établir des préconisations site par site. EDF entend donc commencer ses travaux avant de savoir ce que l’ANS lui demandera. «Nous considérons que le programme d’EDF répond globalement aux objectifs de l’amélioration de la sûreté mais il lui reste encore des sujets à approfondir», a pourtant rappelé, ce jeudi, Julien Collet, le vice-président de l’ASN. Le gendarme du nucléaire souhaite notamment s’assurer que l’opérateur historique maîtrise correctement les phénomènes de corrosion de certains aciers inoxydables, l’étanchéité du bâtiment réacteur, le vieillissement des générateurs de vapeur et des vis de l’enveloppe du cœur des réacteurs. Rien que ça.

Sauver EDF. C’est désormais le très inattendu objectif de la branche française du WWF. Dans une étude qu’elle publie ce jeudi, l’ONG au panda propose d’améliorer les finances de l’opérateur historique, notamment en fermant 23 réacteurs d’ici à 2023, de céder 15 milliards d’actifs. L’Etat devra mettre la main au portefeuille, tout de même, mettre en place un prix plancher du CO2, à 30 €/t et améliorer la rentabilité pour EDF de l’accès régulé à l'électricité nucléaire historique.


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