Nucléaire : un rapport confidentiel prône la construction de six EPR

Le 30 août 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Premier béton espéré: en 2025.
Premier béton espéré: en 2025.
VLDT

Cette relance du programme électronucléaire français vise à maintenir les compétences du groupe EDF. Reste à le financer.


Voilà qui devrait plaire au groupe EDF. Révélé dans l’édition du jour des Echos, un rapport classé secret-défense prône ni plus ni moins que le lancement d’un mini programme nucléaire en France.

Commandée avant l’été par les ministres de l’économie, Bruno Lemaire, et de la transition écologique d’alors, Nicolas Hulot, cette étude avait pour objet de faire le point sur «le maintien des capacités industrielles de la filière nucléaire en vue de potentielles nouvelles constructions de réacteurs». Ou comment «les impacts d'éventuelles périodes d'inactivité [...] et les conditions dans lesquelles les capacités industrielles requises pour la construction de réacteurs pourraient être remobilisées après une période d'inactivité prolongée».
porte-avion nucléaire
Au vu du nom des deux auteurs, on pouvait avoir une vague idée de la réponse à venir. Conseiller du président d’EDF, Yannick d’Escatha a fait l’essentiel de sa longue carrière dans l’industrie nucléaire. Après avoir participé au lancement du programme Messmer, ce spécialiste de la mécanique de rupture a travaillé 18 ans au CEA, avant d’entrer à EDF. Profil radicalement différent pour Laurent Collet-Billon. Ancien délégué général pour l’armement (DGA), cet ingénieur général de l’armement de classe exceptionnelle a supervisé la plupart des grands programmes d’armement de l’armée française. En 2016, il avait commencé à phosphorer sur les conséquences industrielles de la construction d’un nouveau porte-avion nucléaire.
EPR light
Sans surprise, le rapport d’Escatha-Collet-Billon préconise une relance du programme électronucléaire français. Le maintien des compétences tricolores en matière d’ingénierie nucléaire (aujourd’hui concentrées au sein du groupe EDF) et de génie civil passe par la construction de 6 réacteurs EPR, à partir de 2025. Le temps, sans doute, de mettre au point la version allégée du réacteur franco-allemand, promise depuis deux ans par EDF. La mise en chantier de ces nouvelles tranches se ferait à un rythme biennal.
Décrue nucléaire
Ce rapport, qui sort du champ tracé par ses commanditaires, pose la question de la poursuite du programme nucléaire français. Programme qui doit, en principe, constituer l’un des principaux chapitres de la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), désormais attendue pour le mois d’octobre. A priori, rien n’interdit de construire des réacteurs EPR tout en réduisant la part de l’énergie nucléaire dans le bouquet électrique. Par exemple, en conjuguant fermetures de centrales et réduction de la production unitaire des réacteurs. Ce matin, sur France Inter, le rédacteur en chef des Echos, Dominique Seux, a d’ailleurs évoqué la conclusion d’un accord au sein du gouvernement sur le passage de 75% à 50%, en 2035, voire 40% après 2040.
Subventions atomiques
Reste à trouver le moyen pour EDF de financer un tel chantier. Selon ses estimations (qui ont toujours été très optimistes), l’EPR de nouvelle génération devrait coûter 5 milliards d’euros pièce. Soit 30 milliards à décaisser pour un industriel déjà bien endetté. Depuis quelques mois, Jean-Bernard Lévy, PDG de l’électricien, préconise de recourir au système de subvention mise en œuvre outre-Manche pour payer la construction de la centrale nucléaire de Hinkley Point C. Un dispositif dont l’économie n’est en rien assurée en cette période où la consommation d’électricité est appelée à stagner.
Des Chinois en France?
Un dispositif qui implique de surcroit que des investisseurs prennent une forte participation au capital des centrales. Au Royaume-Uni, c’est le partenaire historique d’EDF, China General Nuclear Power Group, qui s’y est collé. Contre la promesse, faite par le gouvernement britannique, de pouvoir un jour construire un réacteur chinois (le Hualong) dans le Suffolk. On peut douter qu’un pareil accord puisse être signé avec le gouvernement français, fut-il libéral.
 



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