Nucléaire: quand les anti-nucléaire auditent les stress tests

Le 20 février 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Fragile l'acier des cuves de réacteurs ?
Fragile l'acier des cuves de réacteurs ?

Ce n’est pas tous les jours que des experts du nucléaire, proches des milieux anti-nucléaire, louent des initiatives du secteur. Et pourtant! Dans un volumineux rapport, publié aujourd’hui 18 février, Arjun Makhijani, président de l'Institut pour l'énergie et la recherche environnementale, et Yves Marignac, directeur de l'agence d'information et d'études sur l'énergie WISE-Paris, soulignent l’intérêt des évaluations complémentaires de sûreté du parc nucléaire français, ordonné par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). «Pour la première fois, indiquent-ils, des hypothèses écartées à la conception et dans la conduite des installations sont envisagées et leurs conséquences examinées.»

Mandatés par Greenpeace France, les deux experts ont passé au crible non seulement les évaluations complémentaires de sûreté (ECS) rédigées par EDF sur les centrales nucléaires de Gravelines, Civaux, Flamanville et sur le projet d'EPR (représentatifs des différentes familles de réacteurs français), mais aussi celles qu’Areva a consacrées à l’usine de retraitement de combustibles usés de La Hague, ainsi que le rapport que l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a rédigé sur le parc français. De cet examen, ils tirent un bilan critique des ECS à la française.

Pour améliorer la prévention des catastrophes, Arjun Makhijani et Yves Marignac préconisent que les exploitants et l’ASN considèrent comme possibles des événements inenvisageables jusqu’alors, telle une fusion du cœur suivie d’une rupture brutale de l’enceinte de confinement ou une vidange des piscines de stockage de combustibles usés provoquant un incendie.

Les auteurs pointent d’autres lacunes repérées dans les stress tests tricolores. Ils estiment que les scénarios retenus par les exploitants dans leurs ECS ne prennent pas suffisamment en compte des défaillances matérielles, des erreurs humaines ou des actes de malveillance. Des causes de dysfonctionnement qui ne sont pourtant pas des hypothèses d’école. Ils estiment aussi trop limitées les conséquences matérielles d’un séisme et/ou d’une inondation et d’une perte d’alimentation électrique et/ou de refroidissement. Ils regrettent aussi que les scénarios retenus ne prennent pas en compte l’état réel des installations.

Arjun Makhijani et Yves Marignac suggèrent de chercher un matériau alternatif au zircaloy (dont sont faites les gaines de combustible), réputé bon combustible en cas de fusion du cœur. Ils préconisent également de prendre en compte les spécificités du MOX dans la rédaction de scénarios d’accidents situés dans des réacteurs chargés avec ce combustible mixte (uranium-plutonium).

Dans une note publiée en fin d’après-midi, Bernard Laponche et Benjamin Dessus complètent le rapport commandé par Greenpeace. Les deux experts de l’association Global Chance mettent le doigt sur deux autres faiblesses des centrales françaises: l’acier des cuves des réacteurs et les câblages électriques situés à l’intérieur des enceintes de confinement.

«En cas de situation accidentelle, notamment impliquant un incendie dans les parties centrales de l’ilot nucléaire, le vieillissement à la longue et la détérioration des innombrables câbles et traversées électriques peuvent rendre inopérantes les tentatives de contrôle de la situation», soulignent-ils.

Rappelant aussi que les aciers des cuves se fragilisent à mesure qu’ils subissent une irradiation neutronique, l’ingénieur et le physicien indiquent qu’une injection massive d’eau froide, «dite de secours», pourrait, en cas d’accident, entraîner une rupture brutale d’une cuve ou d’une tuyauterie vieillie trop longtemps.



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