Nucléaire: Phénix ne renaîtra pas de ses cendres de sitôt

Le 06 juin 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Il faudra plus de trente ans pour démanteler le dernier RNR français.
Il faudra plus de trente ans pour démanteler le dernier RNR français.
F.Vigouroux/CEA

Le gouvernement autorise le CEA à démanteler son dernier réacteur à neutrons rapides. Un chantier qui devrait durer plus de trois décennies et coûter un bon milliard d’euros.

Cette fois, Phénix ne renaîtra pas de ses cendres. Le Journal officiel du 5 juin publie un décret prescrivant au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) de procéder aux opérations de démantèlement de l'installation nucléaire de base n°71. Avec trois ans de retard, le Premier ministre et la ministre de l’environnement ont signé l’arrêt de mort du dernier surgénérateur français.

Petit frère de Superphénix, Phénix est installé sur le site de Marcoule (Gard) du CEA. Prototype des réacteurs à neutrons rapides (RNR) français, l’installation de 250 mégawatts électriques a fonctionné de 1974 à 2010. Initialement, ce réacteur produisant du courant pour le compte d’EDF. Déclassé du corps des réacteurs électrogènes, il finit sa vie en plate-forme expérimentale pour le CEA, notamment dans le cadre de son programme dédié à la transmutation des déchets radioactifs.

Un chantier de plusieurs décennies

Comme à chaque fois, les opérations de démantèlement devraient s’étaler sur plusieurs décennies. Le déchargement de la centaine d’assemblages de combustible devrait prendre fin en 2025. «A ce stade, souligne l’Autorité de sûreté nucléaire, plus de 99% de la radioactivité contenue dans l’installation aura été évacuée.» L’ASN avait d’ailleurs prévu un calendrier plus serré. «Lors de la rédaction du décret, les pouvoirs publics ont tenu compte du retour d’expérience apporté par le démantèlement de Superphénix», indique Laurence Piketty, directrice de l’assainissement et du démantèlement du CEA. Les experts de la sûreté n’avaient pas prévu que le démantèlement des surgénérateurs passe après les chantiers de désamiantage, eux aussi longs et coûteux.

1.000 tonnes de sodium liquide

Plus difficile: le sodium. Contrairement aux réacteurs habituellement exploités par EDF, Phénix n’utilise pas l’eau comme fluide caloporteur mais du sodium liquide. Ce métal fondu a tendance à s’enflammer au contact de l’air et à exploser en présence d’eau. La fin de la vidange des 1.000 tonnes de sodium contenues dans le circuit primaire (où le sodium est radioactif) et le circuit secondaire n’est donc pas prévue avant… 2039. Ce n’est toutefois que vers 2050 que les bulldozers pourront totalement assainir le site. «Durant cette période, le CEA aura provisionné un milliard d’euros environ pour financer le démantèlement du réacteur», précise Laurence Piketty.

Décontaminé et inerté, le millier de tonnes de sodium contenu dans Phénix sera par la suite transformé en soude ou en sel. La soude sera réutilisée comme réactifs dans les labos du CEA. Le sel sera mélangé à de l’eau et rejeté dans le Rhône.

La filière tricolore des surgénérateurs finira-t-elle ainsi? Pas si sûr. A l’instar de la plupart des grands pays nucléaires, la France participe au programme international Generation IV de développement de la 4e génération de réacteurs nucléaires. La plupart de ces réacteurs du futur sont des RNR. Et tout naturellement, le CEA a poussé le pion qu’il connaît déjà: le surgénérateur au sodium liquide.

Le prochain proto existe déjà… sur le papier. Baptisé Astrid (pour Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration) il est en cours d’élaboration. Le CEA et des industriels (Bouygues, General Electric, Rolls Royce) planchent déjà sur le successeur de Phénix depuis plusieurs années. La décision de construire ce réacteur de 600 MWe ne devrait être prise qu’en 2020, après accord de l’ASN. La mise en service industrielle ne devrait pas intervenir avant 2025. Au mieux.

Car avant même d’avoir vu le jour, l’engin coûte déjà affreusement cher. Près de 700 M€ du premier Grand emprunt ont été alloués aux études de faisabilité. Le montant du devis s’élève à 5 Md€. Pour le moment.

 

 

 



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