Nucléaire: les vœux de l’ASN

Le 18 janvier 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Et si la cuve de l'EPR de Flamanville n'était pas déclarée bonne pour le service par l'ASN?
Et si la cuve de l'EPR de Flamanville n'était pas déclarée bonne pour le service par l'ASN?
©VLDT

Submergée, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) demande toujours des moyens supplémentaires pour assurer ses missions.

La sûreté nucléaire n’est plus seulement l’affaire de quelques-uns. Ce mercredi matin 19 janvier, des dizaines de journalistes, de tous supports, avaient fait le déplacement dans la banlieue sud de Paris pour assister à la présentation des vœux de Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN.

Des vœux qui, comme souvent, avaient valeur de manifeste. Et de matière à réflexion pour les prétendants à la présidence de la République. A commencer par la gestion des déchets nucléaires. Après l’adoption de la proposition de loi Longuet sur le stockage des déchets à vie longue et la réversibilité, le processus qui aboutira à la construction du centre de stockage géologique de Bure entre dans sa phase active. L’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) devrait déposer sa demande de création d’ici 2018. De quoi faire hurler les opposants qui occupent actuellement les lieux, dans ce qui s’apparente comme la seconde ZAD après celle de Notre-Dame-des-Landes.

Ouvrir le débat des TFA

Mais c’est pour la bonne gestion des déchets très faiblement actifs (TFA) que l’ancien directeur général de l’énergie et du climat s’inquiète le plus. Ces centaines de milliers de tonnes de béton et de ferrailles qui seront générées par les chantiers de démantèlement des réacteurs (l’une des conséquences de la loi sur la transition énergétique) n’ont pour le moment aucun exutoire. Or la loi de 2006 oblige l’Andra à accepter dans ses centres d’entreposage ces résidus dont l’activité est parfois très légèrement supérieure au seuil de détection.

Certains experts, comme Jacques Repussard, l’ancien directeur général de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), proposent de recycler dans l’industrie nucléaire les matières TFA, réduisant ainsi les transports de matières radioactives. «En termes de sûreté nucléaire, il n’est pas évident qu’il soit très pertinent que ces volumes de déchets traversent la moitié de la France», confirme Pierre-Franck Chevet. D’où l’importance, estime le président de l’ASN, d’ouvrir rapidement un débat public sur le devenir de ces déchets.

Le dossier de La Hague

Autre message lancé à des politiques en quête d’idées: de nouveaux moyens pour le contrôle des installations nucléaires. Avec le Grand Carénage du parc nucléaire d’EDF, le dossier de l’allongement de la durée des réacteurs, les enquêtes sur les malfaçons d’Areva, le programme de fermeture des centrales imposé par la loi sur la transition énergétique, l’ASN va avoir fort à faire ces prochaines années. «D’autant que nous allons devoir aussi commencer le réexamen de la sûreté d’une cinquantaine d’installations, dont l’usine de La Hague», rappelle Pierre-Franck Chevet. Une usine s’étalant sur 300 hectares et employant plus de 5.000 personnes.

Dans un courrier du 14 décembre 2015, l'ASN rappelle à EDF que la certification de la cuve de l'EPR de Flamanville n'est pas certaine. Et qu'il convient, en conséquence, d'étudier «l’ensemble des scénarios techniques alternatifs, tels que le remplacement du fond de cuve et la fabrication d’un nouveau couvercle.» Plus d'un an plus tard, l'électricien qui a installé et scellé sa cuve incertaine dans l'enceinte de la 3e tranche de Flamanville attend le feu vert de l'ASN, sans avoir étudié le moindre plan B. Au cas où... Un sacré risque industriel pris par les équipes de Jean-Bernard Lévy.

Des moyens, il en faudra aussi pour vérifier la bonne marché des travaux de bunkérisation des parties vitales des 19 centrales nucléaires, point majeur du programme post-Fukushima, imaginé l’automne 2011 par l’IRSN, bras technique de l’ASN. «Ce sont d’importants chantiers qui vont durer entre 5 et 10 ans», précise-t-il. Sans compter la surveillance de la construction des futurs ‘gros objets’, tel le réacteur à fusion Iter ou l’EPR de Flamanville.

Quel coût pour la sûreté?

Au fait, combien ça coûte le contrôle de la sûreté nucléaire? L’IRSN et l’ASN emploient 1.000 personnes, pour un budget annuel de 300 millions d’euros. Un budget largement abondé par le montant des taxes réglées par les exploitants d’installations nucléaires (600 M€/an). Pour assurer leurs missions habituelles et la surcharge de travail imposée par le Grand Carénage, l’allongement de la durée de vie des réacteurs, les enquêtes en cours sur les malfaçons d’Areva, le réexamen de la sûreté des installations existantes, Pierre-Franck Chevet estime avoir besoin de 200 postes supplémentaires pour l’ASN et l’IRSN, «soit environ 20 M€ supplémentaires par an». L’équivalent de 20 jours d’arrêt d’un réacteur d’EDF.



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