Nucléaire: les prochaines répercussions de l’épidémie

Le 29 avril 2020
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Dans le nucléaire, les surblouses, on connaît.
Dans le nucléaire, les surblouses, on connaît.
VLDT

En raison du chamboulement du calendrier de la maintenance, l’Autorité de sûreté nucléaire craint qu’EDF ne puisse répondre à la demande d’électricité au cours des deux prochains hivers.

Pour l’instant, tout va bien. Telle pourrait être la conclusion de l’audition, ce mercredi 29 avril, des responsables de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de la direction générale de la protection des risques (DGPR) du ministère de la transition écologique par la commission du développement durable de l’Assemblée nationale. Reste à savoir pendant combien de temps.

Car, le paysage nucléaire national a été bouculé par le passage du coronavirus. Désormais, détaille Bernard Doroszcuk, toutes les installations nucléaires françaises sont à l’arrêt, à l’exception des centrales d’EDF et des installations vitales au cycle du combustible.

les deux tiers du parc tournent

Seules Framatome, EDF et Orano tournent encore, mais au ralenti. «Sur les 58 réacteurs tricolores, 38 sont en production, 3 sont arrêtés pour des incidents, 3 sont arrêtés pour économiser leur combustible et 13 sont en maintenance», précise le président de l’ASN.

Ces derniers chantiers pourraient s’éterniser. Même si le risque a, pour le moment, été écarté, les parties prenantes à la sûreté du nucléaire français craignent d’hypothétiques conséquences d’une seconde vague épidémique. Il suffirait que plus de 20% des opérateurs de centrales soient indisponibles durant 10 semaines consécutives pour que le seuil de sécurité soit franchi. Avec de possibles baisses de production à la clé.

De telles réductions de production semblent de toute façon inévitables. Le confinement a retardé un grand nombre de travaux et d’opérations de maintenance sur le parc d’EDF. Ce qui va notamment décaler des visites décennales: 10 étaient prévues cette année. «Il y aura un décalage des grands arrêts jusqu’au début de 2021», concède Philippe Merle. Ce qui est, peut-être, optimiste.

comme un besoin d'étrangers

Le chef du bureau des risques technologiques à la DGPR rappelle que les spécialistes de certains travaux (montages d’échafaudages, changement de calorifugeages) se recrutent hors de France. C’est aussi une entreprise américaine qui pilotera les robots qui effectueront les soudures des conduites de l’EPR de Flamanville. Le maintien de la fermeture des frontières ne facilitera pas la reprise du nucléaire français.

Tous ces décalages risquent de réduire la disponibilité du parc nucléaire d’EDF au cours des deux prochains hivers, poursuit Bernard Doroszcuk. «Ce sera la conséquence du report cumulé du report des arrêts de tranches [… ] et ça c’est un sujet de préoccupation pour l’ASN. Le but n‘est pas de passer tout juste, mais d’avoir des marges de production par rapport aux pics de demandes pour pouvoir faire face à des événements en matière de sûreté qui exigeraient la mise à l’arrêt temporaire d’un réacteur ou de plusieurs réacteurs», conclut-il.