Nucléaire: le risque professionnel de leucémie confirmé

Le 23 juin 2015 par Romain Loury
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Le risque confirmé pour l'exposition chronique
Le risque confirmé pour l'exposition chronique
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Les travailleurs du nucléaire ont bien un risque accru de leucémie du fait de leur exposition professionnelle, confirme une étude internationale publiée dans le Lancet Haematology. Il reste toutefois assez faible, estime l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), associé à ces travaux.

Certes, l’existence d’un tel risque professionnel chez les travailleurs du nucléaire n’est pas un scoop. Mais l’assertion ne reposait jusqu’alors que sur une extrapolation à partir des victimes japonaises de Hiroshima et Nagasaki, exposées de façon aigüe à de fortes doses radioactives. Pour l’exposition chronique, celle liée à de plus faibles doses reçues sur une longue période, la situation demeurait peu claire.

La question vient d’être tranchée par l’étude INWORKS dont les résultats, publiés lundi 22 juin dans le Lancet Haematology, révèlent qu’il existe bien un risque de leucémie chez ces professionnels. «Nous considérons cette étude comme une validation, elle vérifie l’une des bases de notre système de radioprotection, jusqu’alors fondé sur Hiroshima et Nagasaki», explique Dominique Laurier, responsable du laboratoire d’épidémiologie de l’IRSN, contacté par le JDLE.

Près de 310.000 travailleurs

INWORKS a porté sur près de 310.000 travailleurs, pour la plupart français, britanniques et américains, suivis en moyenne pendant 27 ans. Selon l’analyse des causes de décès, toute dose additionnelle de 1 gray (Gy, unité de dose absorbée), soit 1.000 milligray (mGy), multiplierait le risque de leucémie mortelle par 4,19, particulièrement de leucémie myéloïde chronique, dont le risque de décès est multiplié par 9,55.

Selon l’IRSN, «cette relation reste statistiquement significative pour les travailleurs ayant reçu une dose à la moelle osseuse en dessous de 300 mGy, ce qui représente 99% des individus inclus dans l’étude. Il est important de noter que dans la cohorte étudiée, la dose moyenne à la moelle osseuse cumulée par les travailleurs est de 16 mGy».

Les chercheurs n’ont en revanche noté aucune relation avec le risque de décéder d’un myélome ou d’un lymphome multiple, du moins aux doses auxquelles les travailleurs du nucléaire sont exposés.

5% de leucémies liées aux radiations

Le risque serait donc plutôt faible: «La probabilité additionnelle de décès par leucémie attribuable à l’exposition aux rayonnements ionisants est de l’ordre à 1 décès pour 10.000 individus, à comparer à la probabilité globale observée de décès par leucémie qui est d’environ 2 décès pour 1.000 individus», note l’IRSN. En d’autres termes, 5% des leucémies observées chez les travailleurs du nucléaire résulteraient de l’exposition professionnelle, complète Dominique Laurier.

Pour Ausrele Kesminien, chercheur au Centre international de recherche sur le cancer (Circ, branche de l’Organisation mondiale de la santé) et co-auteur de l'étude, «cette étude offre l'évaluation la plus précise à ce jour du risque de développer une leucémie liée à une exposition prolongée à de faibles doses de rayonnements reçues par les travailleurs du nucléaire tout au long de leur carrière (…) [Elle] montre une petite augmentation du risque de décéder de leucémie au fur et à mesure qu’augmente leur exposition aux rayonnements».

Une extrapolation difficile

Qu’en est-il des autres expositions aux radiations, notamment dans le cadre d’un diagnostic médical, aussi bien chez les professionnels de santé que chez les patients? Selon Dominique Laurier, «il faut être prudent quant aux extrapolations», la relation entre la dose reçue et le risque de leucémie n’étant pas forcément la même dans des contextes différents.

Parmi les nuances notoires, la différence entre une exposition externe ou une contamination interne à l’organisme, variable selon l’activité. Pour les professionnels de santé exposés aux radiations, une étude similaire, dénommée «O’RICAMs», est actuellement en cours à l’IRSN, avec des premiers résultats attendus «dans deux à trois ans», indique Dominique Laurier.



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