Nucléaire: le démantèlement va décidément coûter plus cher que prévu

Le 11 janvier 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La Turbine de l'EPR de Flamanville. L'EPR normand a achevé ses essais à froid.
La Turbine de l'EPR de Flamanville. L'EPR normand a achevé ses essais à froid.
VLDT

L’Etat impose aux industriels de provisionner davantage pour financer le démantèlement de leurs installations nucléaires.

Que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) autorise ou non EDF à exploiter ses réacteurs durant 50, voire 60, ans, une chose est certaine: un jour ou l’autre, il faudra les arrêter puis les démanteler. La doctrine française en la matière est claire: dès que l’arrêt définitif est acté par les autorités, l’exploitant devra déconstruire au plus vite ses installations avant d’évacuer gravats et matériaux contaminés.

Ce démantèlement, qui s’étendra sur des décennies, coûtera cher. L’Italie qui ne doit gérer qu’une dizaine d’installations (réacteurs, centres de recherche, site de stockage de déchets) prévoit de consacrer à ce programme de remise à l’herbe plus de 7 milliards d’euros entre 2001 et 2035.

60,5 milliards d’euros

En France, EDF a déjà provisionné 60,5 Md€. Mais cet argent ne correspond qu’à 40% du coût total du démantèlement du parc français (58 réacteurs). Le groupe présidé par Jean-Bernard Lévy mise sur le fait qu’il pourra faire tourner 50 ans ses réacteurs et qu’il n’y a pas lieu de mettre trop d’argent de côté trop vite.

Bonne nouvelle pour EDF. L’électricien a annoncé en début de semaine avoir achevé les ‘essais à froid’ de l’EPR de Flamanville. Ces essais ont permis de tester avec succès l’étanchéité du circuit primaire du réacteur. Les ‘essais à chaud’ (tests des matériels dans des conditions de température et de pression comparables à celles de l’exploitation) devraient débuter en juillet, indique l’industriel.

Ce n’est pas forcément le calcul du gouvernement. L’administration d’Edouard Philipe entend bien respecter l’un des objectifs de la loi de transition énergétique: réduire d’un tiers la capacité de production nucléaire d’ici 2030 ou 2035. Une contrainte et un nouveau métier pour EDF. Car, quoiqu’il en dise, l’ex-opérateur historique n’est pas (encore) un grand professionnel de la question.

Une compétence à construire

Commencé en 1985, le démantèlement de la centrale, certes expérimentale, de Brennilis n’est toujours pas terminé. Celui des 6 réacteurs à uranium naturel graphite gaz prendra, au rythme actuel, un peu plus d’un siècle. La déconstruction du réacteur de Chooz A, également expérimental, prendra une trentaine d’années. Si le Cigéo ouvre dans les temps.

Outre investir dans la constitution d’une compétence technique et organisationnelle, l’énergéticien devra sans doute remettre de l’argent au pot. Un arrêté publié le 30 décembre dernier par le ministère de la transition écologique modifie le mode de calcul des provisions que les exploitants d’installations nucléaires (EDF, le CEA et Areva) doivent légalement passer pour assurer le financement du démantèlement de leurs installations nucléaires.

taux d’actualisation

Plus précisément, indiquent Les Echos, le texte fait évoluer le mode de calcul du taux d’actualisation que les trois géants de l’atome français devront appliquer à leurs provisions. Complexe, ce dispositif vise à baisser ledit taux d’actualisation. L’électricien prévoie une baisse de 0,1% du taux d’actualisation pour cette année et de 0,2% pour 2019. Ce qui inévitablement entraînera un accroissement des provisions à constituer. Selon les calculs du quotidien économique, EDF devra ainsi provisionner 2 Md€ de plus d’ici la fin de l’année.

Un détail: pour être certain que l’argent provisionné sera bien disponible au moment voulu, le législateur a imposé aux industriels du nucléaire de ‘couvrir’ une partie de leurs provisions par des ‘actifs dédiés’. En plus de passer des provisions (ce qui alourdit le passif comptable), EDF devra investir dans de nouvelles obligations ou actions. Des dépenses qui n’étaient pas prévues.

 



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