Nucléaire: l’IRSN pas convaincu de la solidité des cuves du palier 900 MW

Le 14 novembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Composée de plusieurs pièces en acier, la cuve d'un réacteur affiche plus de 300 tonnes sur la balance.
Composée de plusieurs pièces en acier, la cuve d'un réacteur affiche plus de 300 tonnes sur la balance.
VLDT

L'institut de radioprotection et de sûreté nucléaire demande à EDF de prouver que les cuves de ses réacteurs de 900 MW sont aptes à durer 50, voire 60 ans.

Allonger la durée de vie des centrales nucléaires existantes est l’un des piliers du modèle d’affaires d’EDF. D’où l’obligation pour l’opérateur historique de convaincre l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de la capacité de ses réacteurs à fonctionner 50, voire 60 années. C’est tout l’enjeu de «discussions» techniques en cours entre EDF, l’ASN et son bras technique, l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

L’urgence est de statuer sur les 32 réacteurs nucléaires des paliers de 900 MW, les plus anciens du parc tricolore. Etant entendu que les deux tranches de la centrale de Fessenheim cesseront définitivement leurs activités avant l’été 2020.

20 ou 30 ans

Dans les dossiers qu’elle présente à l’ASN et à l’IRSN, EDF doit prouver que ses matériels peuvent tenir le coup encore deux, voire trois décennies. Dernier épisode en date: l’instruction du dossier des cuves des réacteurs. Haute de 13 mètres, pour une masse supérieure à 300 tonnes, la cuve est l’un des éléments les plus essentiels d’une centrale nucléaire.

C’est ce monstre d’acier qui contient le combustible constituant le cœur du réacteur. En son sein se produit la réaction nucléaire dans une eau surchauffée (300 °C) et sous très forte pression (155 bars). Vitale au fonctionnement de la centrale, la cuve a ceci de particulier qu’elle fait partie des rares systèmes lourds à ne pas pouvoir être remplacé, contrairement aux générateurs de vapeur, par exemple. De plus, à l‘instar de certaines soudures, elle ne peut, en aucun cas, montrer de signes de faiblesse.

A la demande de l’ASN, EDF doit donc prouver que les 32 cuves des réacteurs de 900 MW tiendront le choc en toutes circonstances. Et de cela, l’IRSN n’est pas tout à fait convaincu.

encore les soudures

Dans un avis, publié au début du mois, l’institut basé à Fontenay-aux-Roses (92) s’interroge sur la capacité de résistances des soudures entre les différentes parties de la cuve (calotte de couvercle, brides, viroles, anneau de transition, calotte de fond de cuve).

Dans la zone de cœur (la partie de la cuve la plus soumise au vieillissement neutronique), EDF retient un niveau de contraintes résiduelles de 70 mégapascals (MPa). Les experts de l’IRSN estiment, de leur côté, «prudent de retenir un niveau de contraintes résiduelles de 100 MPa.» L’électricien devra donc démontrer que ses joints soudés tiennent bien la route, avec une capacité de résistance à l’effort inférieure à celle choisie par l’IRSN.

risque de rupture brutale des cuves

Les experts de l’institut s’interrogent aussi sur la capacité de l’acier des réacteurs à résister à des chocs thermiques. Et plus particulièrement aux effets générés par l’injection de gros volumes d’eau froide en cas de rupture du système classique de refroidissement du cœur.

EDF devra donc argumenter pour convaincre l’ASN et l’IRSN de la pérennité de ses matériels. Et la partie ne s’annonce pas gagnée. «Les demandes de l’ASN ainsi que les résultats des études faisant suite à certains des engagements d’EDF sont susceptibles de mettre en cause la démonstration actuelle d’absence de risque de rupture brutale des cuves concernées», écrit notamment l’IRSN. Pas de quoi être rassuré.