Nucléaire: l’impossible addition?

Le 12 janvier 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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3,7 millions par MW installé: le coût de l'EPR.
3,7 millions par MW installé: le coût de l'EPR.

Très attendu, le rapport de la Cour des comptes sur l’économie tricolore du nucléaire ne peut évaluer le coût réel du kWh atomique.

Joli scoop que celui réalisé, ce jeudi 12 janvier, par La Tribune. Le quotidien économique révèle, en exclusivité, les grandes lignes du rapport que la Cour des comptes a consacré à l’économie de l’industrie nucléaire française.
 
Nos consœurs, qui ont consulté une version intermédiaire du rapport «Pappalardo», -la définitive doit être rendue publique le 31 janvier- précisent que leur version n’inclut pas le montant des travaux de la mise à niveau «post Fukushima» des centrales françaises exigés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Ce qui devrait être fait, à l’issue d’une réunion contradictoire devant se tenir le 16 janvier.
 
Pour autant, quelques chiffres méritent que l’on s’y arrête. Menés par Michèle Pappalardo (l’ancienne présidente de l’Ademe!), les limiers de la Cour des comptes estiment, pour le moment, le coût de la construction du parc électronucléaire français à 96 milliards d’euros. Soit 1,5 M€ le mégawatt (MW) installé, et non 1,5 Md€ comme l’écrivent, un peu hâtivement, les journalistes du quotidien économique. Rien, finalement, de bien étonnant. Ce chiffre correspond, à la fourchette basse, des coûts publiés par l’agence de l’énergie nucléaire de l’OCDE (AEN).
 
Cette estimation est, en revanche, bien plus élevée que celle réalisée par les auteurs du rapport Charpin-Dessus-Pellat. Publiée en 2000, cette volumineuse étude, commandée par le gouvernement Jospin, estimait à 470 milliards de francs (71 Md€), le montant de la facture des 58 réacteurs en fonctionnement.
 
Très logiquement, le coût de la totalité de la filière est bien plus important encore. Le rapport Pappalardo l’évalue à 228 Md€, depuis le démarrage de l’industrie jusqu’à aujourd’hui. Il y a 12 ans, le rapport Charpin-Dessus-Pellat le chiffrait à 834 MdF, soit 127 Md€. «C’est l’une des surprises du rapport de la Cour des comptes, reconnaît Bernard Laponche, expert en politique énergétique (et proche de Benjamin Dessus). On savait à peu près combien coûtait les centrales, mais là, on se rend compte de la cherté de la totalité de la filière.»
 
Le coût du démantèlement des réacteurs est, en revanche, sujet à caution. Officiellement, tout le monde est à peu près d’accord. Le rapport Charpin-Dessus-Pellat l’évaluait entre 112 et 128 MdF (17 et 19,5 Md€) contre 22,2 Md€ (144,3 MdF) pour le rapport de la Cour des comptes. Toutefois, les magistrats sont conscients de la fragilité de ces chiffres «qui doivent être regardés avec précaution, l’expérience en la matière, tant d’EDF que du CEA ou d’Areva, ayant montré que les devis ont très généralement tendance à augmenter quand les opérations se précisent, d’autant plus que les comparaisons internationales donnent des résultats très supérieures aux estimations d’EDF».
 
Et de fait, EDF n’a jamais mené à bien le démantèlement total d’un réacteur de puissance. La «remise à l’herbe» de la centrale expérimentale de Brennilis (70 MW) est embourbée depuis des années. La déconstruction du surgénérateur Superphénix se poursuit, mais il s’agit d’un réacteur à neutrons rapides expérimental qui n’a que peu de choses à voir avec les réacteurs à eau pressurisée (REP) du parc actuel.
 
Faute de site d’entreposage, le démantèlement des 8 tranches Uranium naturel-graphite-gaz (UNGG) est aussi au point mort [JDLE]. Enfin, le démantèlement de la première tranche de la centrale franco-belge de Chooz (un REP de 305 MW) est trop spécifique –le réacteur a été construit dans une caverne- pour être représentatif des opérations à venir.
 
Pas étonnant, dans ces conditions, que la Cour des comptes demande à EDF de changer ses méthodes de calcul des coûts des provisions pour le démantèlement, qui s’élèvent actuellement à 12,4 Md€.
 
L’aval du cycle (traitement des déchets et leur stockage définitif) laisse aussi dubitatif. La dernière estimation officielle a été réalisée, en 2003, par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) qui chiffrait le coût du stockage profond des déchets à haute activité et à vie longue à 14,7 Md€. Depuis, le montant de l’addition s’est envolé.
 
Dans un rapport sur le sujet, la Cour des comptes rappelait, en 2005, que selon les scénarios, le coût du stockage de Bures pourrait osciller entre 16 et 58 Md€. Il semble donc normal que le Palais Cambon recommande, dans son rapport de 2012, «que soit rapidement fixé le nouveau devis sur le coût de stockage géologique profond, de la manière la plus réaliste possible, c’est-à-dire en tenant compte des résultats des recherches menées sur ce sujet mais sans anticiper sur leurs résultats».
 
Ce qui implique aussi, et c’est une autre recommandation de la Cour des comptes, de se poser la question de la pertinence économique du choix du retraitement des combustibles. «Car il semble évident, souligne Bernard Laponche, qu’il est moins cher de stocker à sec des combustibles usés, plutôt que de les recycler, sans que l’on sache quoi faire de certains déchets comme les combustibles Mox usés.»


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