Nucléaire: l’exploitation de Chinon laisse encore à désirer

Le 11 juin 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Chinon: les experts en sûreté y sont peu écoutés.
Chinon: les experts en sûreté y sont peu écoutés.
EDF

Voilà plusieurs années que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) est mécontente de la façon dont est conduite la centrale de Chinon. Dans son rapport 2012, le gendarme du nucléaire français rappelait que les performances du site «en matière de sûreté» et d’environnement ne cessaient de se dégrader. Pour en avoir le cœur net, l’ASN a diligenté, du 8 au 14 octobre 2012, une «inspection de revue», mobilisant une quinzaine d’inspecteurs.

Une «descente» dont l’ASN a mis en ligne le résultat, le 10 juin. «Cette inspection approfondie avait pour objectif d’évaluer les effets du plan de rigueur d’exploitation de la centrale, les résultats en matière de sûreté et de radioprotection de la centrale nucléaire de Chinon étant en retrait, depuis 2009, par rapport au parc électronucléaire d’EDF», écrit l’ASN. Et le bilan n’est pas des plus reluisants.

Certes, concède l’ASN, «les inspecteurs ont constaté une forte mobilisation de la hiérarchie du site pour le déploiement du plan de rigueur d’exploitation et des progrès dans l’application par les agents du référentiel de sûreté». Toutefois, on est encore loin de la perfection.

En cas de problème touchant à la sûreté des installations, la direction du site ne prend en compte l’avis de la Filière indépendante de sûreté (FIS, les inspecteurs internes) qu’une fois sur deux. Or, poursuit l’autorité, «les analyses de la FIS apparaissent globalement pertinentes et correctement argumentées». La direction de Chinon a donc du mal à écouter ses propres spécialistes de la sûreté. Ce qui la conduit parfois à «oublier» de déclarer à l’ASN des incidents, -et contrevient à l’article L 591-5 du Code de l’environnement.

La FIS étant peu écoutée, il est donc logique que l’exploitant prenne peu en compte le retour d’expérience (REX). «Les inspecteurs ont relevé que le taux d’avancement de la prise en compte, par les services, des recommandations de la direction nationale [d’EDF] en charge de la coordination du REX considérées comme importante pour le site de Chinon […] s’élève à seulement 57%.»

Au cours d’une ronde, les gendarmes ont repéré des fuites d’eau dans les bâtiments des auxiliaires nucléaires. Deux jours plus tard, elles n’étaient toujours pas colmatées. Sur un robinet, les inspecteurs ont trouvé des traces de bore. Normalement stocké dans une cuve étanche, ce matériau est utilisé, mélangé à l’eau du circuit primaire, pour contrôler le réacteur nucléaire.

Jusqu’à présent, les performances en matière de radioprotection étaient considérées comme satisfaisantes. Cela pourrait ne plus être le cas, après la découverte d’un petit trafic de dosimètre. Un agent s’est fait prendre en intervenant en zone contrôlée avec le dosimètre d’une autre personne. Une pratique qui lui permet de réduire, comptablement, son niveau d’exposition aux rayonnements. L’ASN projette de mener une nouvelle inspection, début 2014, pour «pour vérifier l’état d’avancement des actions correctives mises en œuvre par l’exploitant du site».

La centrale de Chinon abrite 4 réacteurs à eau sous pression de 900 MW de puissance unitaire. En 2012, elle a produit 28 milliards de kWh, soit 7% de la production d'électricité française. Sa direction a déclaré, l'an passé, 26 accidents avec arrêt de travail: deux fois plus que pour la centrale comparable du Bugey.



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