Nucléaire: l’ASN tance la maintenance d’EDF

Le 13 février 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour Pierre-Franck Chevet, EDF paie aujourd'hui des années de sous-investissements.
Pour Pierre-Franck Chevet, EDF paie aujourd'hui des années de sous-investissements.
LCP

empête avant le Grand carénage. Tel pourrait le titre de la session du jour de la commission d’enquête sur les coûts de la filière nucléaire de l’Assemblée nationale. Ce jeudi 13 janvier, la commission présidée par le député PS François Brottes recevait Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), et Etienne Dutheil, adjoint au directeur de la division de production nucléaire d’EDF. Au menu: la maintenance des centrales nucléaires.

Une maintenance qui semble n’être plus tout à fait au top. D’entrée de jeu, Pierre-Franck Chevet a livré quelques chiffres inquiétants. «En 5 ans, le volume de travaux réalisés pendant les arrêts de tranches [des réacteurs] a doublé.» Le résultat d’années de sous-investissement, selon le patron des gendarmes du nucléaire. En clair, pendant qu’EDF choisissait de conquérir l’Europe et l’Amérique du Sud (sous les présidences de François Roussely et de Pierre Gadonneix), elle réduisait la voilure dans ses propres centrales.

Des arrêts de tranche à rallonge

Avec des effets perceptibles aujourd’hui: «Entre les prévisions de planning des arrêts de tranche et le planning réalisé, il y a un décalage de 50%», poursuit l’ancien patron de la DGEC. Trois raisons expliquent de tels retards: la réalisation de travaux non prévus mais nécessaires, des erreurs de planification et le manque de qualité de la maintenance. «Sur les 700 événements significatifs de sûreté notifiés l’an passé par EDF, la moitié concerne des problèmes de non-qualité de la maintenance», détaille Pierre-Franck Chevet. Et le patron de l’ASN de conclure par une phrase terrible: les responsables d’«EDF semble[nt] débordé[s] par les travaux qu’ils ont eux-mêmes décidés».

Angoissant, alors que l’exploitant des 58 réacteurs français prépare le lancement de leur «Grand carénage», un programme de mise à niveau dont le coût se chiffre en dizaine de milliards d’euros. S’il est bien mise en œuvre, EDF entend allonger la durée de vie de ses réacteurs jusqu’à 60 ans.

L'allongement à 60 ans n'est pas acquis

Ce qui n’est pas gagné. Sur le principe, «la prolongation à 40 ans est acquise. Mais pas au-delà», a rappelé Pierre-Franck Chevet. Pour autoriser le passage des 40 ans, l’ASN veut notamment durcir la résistance aux agressions des piscines de combustible, limiter les conséquences de la fusion d’un cœur de réacteur. «Or, si nous savons formuler ces questions, nous n’avons pas d’esquisse de réponse d’EDF», estime-t-il. Et le haut fonctionnaire de conclure en rappelant que les centrales du Tricastin et de Belleville pourraient ne pas passer le cap de la quarantaine. Les cuves des réacteurs de la première ayant «plus de défauts qu’ailleurs», les enceintes de la seconde ayant connu quelques problèmes de fabrication.

Tant bien que mal Etienne Dutheil a répondu au réquisitoire de l’ASN. Après avoir péniblement lu un indigeste discours, l’adjoint au directeur de la production nucléaire d’EDF (DPN) est entré dans le fond. Oui, a-t-il convenu, les centrales nucléaires connaissent une moindre disponibilité que prévu. La faute aux pannes qui frappent les alternateurs et les transformateurs, situés dans les parties non nucléaires des installations. Reconnaissant un manque d’investissement passé sur la maintenance de ces matériels, Etienne Dutheil estime néanmoins que celui-ci n’a jamais mis en cause la sûreté.

Se voulant rassurant, le numéro 2 de la DPN a présenté la nouvelle organisation d’EDF pour faire face à l’afflux de travaux suscités par le Grand carénage. En résumé, les responsables des centrales devront avoir une vision pluriannuelle de leurs activités, grâce à laquelle ils pourront affiner la programmation des interventions à réaliser. Etienne Dutheil convient toutefois que cette décentralisation n’est pas encore entrée dans les mœurs de la DPN. «Il faudra mener un important dialogue entre le national et le local», souligne l’ancien directeur de la centrale du Blayais.

 



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