Nucléaire japonais: une renaissance contrariée

Le 10 mars 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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2 réacteurs sur 48 fonctionnent encore.
2 réacteurs sur 48 fonctionnent encore.
© IRSN - Recoquillé-Bression

En attendant les décisions des autorités, les exploitants japonais renforcent la sûreté de leurs installations. Exemple à Kashiwazaki-Kariwa, la plus puissance centrale nucléaire du monde.

Le Japon est dans une situation énergétique singulière. Seuls 2 des 48 réacteurs ayant survécu aux conséquences du tsunami du 11 mars 2011 produisent encore du courant. Totalisant une puissance installée de 40.000 mégawatts électriques (MWe), le reste du parc est à l’arrêt, en attente d’une décision des autorités. Cette situation inédite est le fruit du chaos politique qui a suivi la catastrophe. Incapables et jugées trop proches de l’industrie nucléaire, les deux administrations qui encadraient l’industrie nucléaire nippone ont laissé la place à la Nuclear Regulation Authority (NRA).

Réputée indépendante, cette autorité de sûreté a commencé par tout remettre à plat. A commencer par les normes. Inspirées des réglementations finlandaises, françaises, américaines et des bonnes pratiques de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), celles-ci sont entrées en vigueur en juillet 2013. Elles prévoient notamment de réévaluer les critères de sûreté et de résistance aux séismes notamment.

7 réacteurs à l’arrêt

Après une première évaluation, réalisée par les exploitants, la NRA a retenu les dossiers de 8 réacteurs, dont les tranches 6 et 7 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, exploitée par Tepco. Située à 200 km à l’ouest de Fukushima, Kashiwazaki-Kariwa est la plus puissante centrale nucléaire du monde. S’étalant sur 420 hectares, l’installation comporte 7 réacteurs à eau bouillante, pour une capacité installée de 8.212 MWe.

C’est sur ce site impressionnant que Tepco a mis en œuvre les mesures de protection dont s’est inspiré l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) pour élaborer le concept de «noyau dur». Face à la mer du Japon, Tepco a élevé, sur 1,5 kilomètre de long, un mur de 15 mètres de haut: la hauteur de la vague qui a déferlé sur Fukushima. Impressionnant, cet ouvrage ne protège pas les tranches 5, 6 et 7. Il a fallu les mettre à l’abri derrière une butte de 1 km de long, faite de terre et de ciment. Sous la surface, toutes les prises d’eau sont désormais protégées par un petit barrage, censé empêcher les eaux d’un tsunami d’ennoyer le système de refroidissement des réacteurs.

Les systèmes de ventilation et les ouvertures des bâtiments réacteurs ont été revus. Les évents sont protégés par des panneaux anti-lames. Toutes les portes sont désormais étanches, comme sur des navires de haute mer. Le système de refroidissement de secours a été entièrement repensé. De nouvelles pompes de secours équipent chaque réacteur. Sur le plateau qui domine la centrale, un réservoir de 20.000 mètres cubes d’eau douce a été construit. Il doit pouvoir assurer le refroidissement des 7 réacteurs pendant quelques heures.

Des camions sous les arbres

A l’extérieur, la lutte contre les éléments est organisée. Situé à quelques centaines de mètres des réacteurs, sur les hauteurs, un poste de contrôle-commande anti sismique vient d’être inauguré. Conçu pour assurer le pilotage décentralisé de la centrale, il fera aussi office de poste de commandement des secours et de centre de communication avec les autorités. Pas très loin, caché dans la forêt, un vaste parking accueille de nombreux camions de fort tonnage. Certains emportent dans leurs flancs des groupes électrogènes, d’autres des pompes à eau ou des centrales de production d’air conditionné. Deux poids lourds portent des grues mobiles de plus de 50 mètres de portée. Un bémol: ledit parking est entouré de grands arbres et survolé par une ligne THT. Des obstacles potentiels à la circulation des véhicules, en cas de séisme. Les routes pourront, le cas échéant, être déblayées par l’un des 4 bulldozers, stationnés à proximité. «Au total, explique Katsuhiko Hayashi, directeur adjoint de la centrale, nous avons investi 120 milliards de yens [850 millions d’euros] dans ces mesures de protection.»

Sera-ce efficace? Nul ne le sait encore. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la NRA n’a toujours pas donné son aval au redémarrage d’une seule tranche nucléaire. Et de l’aveu de bons connaisseurs du dossier, la décision pourrait ne pas être prise avant plusieurs années. Katsuhiko Hayashi ne s’avoue pas vaincu pour autant. Il vient d’entamer la révision de la turbine n°6. «Comme cela, le redémarrage sera plus rapide encore.»



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