Nucléaire: des petites modif au Grand carénage

Le 16 avril 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Se rapprocher des niveaux de sûreté de l'EPR.
Se rapprocher des niveaux de sûreté de l'EPR.
VLDT

L’IRSN demande à EDF de mener des travaux et des études supplémentaires pour renforcer la sûreté des réacteurs dont la durée de vie pourrait être allongée.

Ce n’est plus un secret pour personne: EDF veut allonger la durée de vie de ses réacteurs, et notamment celle des 34 tranches de 900 MW, les plus anciennes. Rien ne l’interdit a priori: la loi française ne fixe pas de limite d’âge aux réacteurs nucléaires.

Pour autant, la doctrine tricolore veut que l’on améliore la sûreté des centrales que l’on autoriserait à fonctionner 50 ans, voire 60 ans. Ce qui pour l’exploitant revient à mettre au niveau de sûreté de l’EPR conçu dans les années 1990, des réacteurs qui ont été designés trente ans auparavant. Une mise à niveau qui nécessite la réalisation de travaux lourds de modernisation.

L’un des plus complexes sera la construction de gros «cendriers» sous les réacteurs pour recueillir, refroidir et stocker la lave (corium) qui s’écoulerait d’un réacteur en fusion. Le chantier expérimental a été conduit avec succès à Fessenheim, dont les deux réacteurs doivent être définitivement mis à l’arrêt avant l’été.

EDF baisse pavillon. Avec une baisse de la consommation de 15%, une réduction de moitié ses effectifs sur site et un arrêt de ses opérations de maintenance, l’électricien historique revoit ses précisions de production nucléaire à la baisse. Dans un communiqué publié ce 16 avril, EDF indique que sa production d’électrons atomique «sera de l’ordre de 300 TWh» cette année (soit 20 à 23% de baisse par rapport à l’objectif fixé) et compris entre 330 et 360 TWh/an en 2021 et 2022. La production de plusieurs réacteurs nucléaires pourrait être suspendue, cet été et cet automne, afin d'économiser le combustible de ces unités avant l’hiver.

Le Grand carénage a débuté en 2009, année au cours de laquelle, EDF a officiellement indiqué vouloir faire fonctionner plus de 40 ans ses tranches de 900 MW. Il faudra 7 ans de travail à de nombreuses équipes d’experts pour que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) définisse les grandes orientations du chantier à venir.

4,5 Md€ par an pendant 10 ans

Le devis est estimé à 45 milliards, pour la période 2014-2025. Montant qui comprend aussi les travaux imposés à EDF à la suite de la catastrophe de Fukushima, comme les moteurs diesel d’ultime secours.

Ce montant devra probablement être revu à la hausse. Car, dans son avis portant sur ledit Grand carénage, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) formule maintes recommandations d’amélioration du programme de l’industriel. Recommandations qui ont de fortes chances d’être transformées en obligations par l’ASN.

gare à la silice

Le bras technique du gendarme du nucléaire français recommande, par exemple, d’augmenter l’épaisseur des récupérateurs de corium[1] qui devront être installés sous les réacteurs des centrales de Saint-Laurent-des-Eaux, du Chinon, du Blayais et de Dampierre. Le béton de ces 14 tranches est, en effet, réputé être trop siliceux pour résister aux fortes températures du corium.

L’institution de Fontenay-aux-Roses demande que l’alimentation de secours des générateurs de vapeur soit effectivement renforcée. De même, pour améliorer le pilotage de la réactivité du réacteur en période accidentelle, l’IRSN préconise d’installer dans chaque réacteur une pompe à haute pression d’eau borée.

Si les experts de la sûreté jugent les cuves des réacteurs de Tricastin 1 et du Bugey 2 sont bonnes pour 10 années de service supplémentaires, ils appellent toutefois EDF à suveiller les vis d’enveloppe des internes de cuve.

A propos de vigilance, l’IRSN appelle l'industriel à contrôler plus assidument des équipements importants pour la sûreté : pompes, câbles électriques, matériels de contrôle-commande. L’électricien devra aussi revoir quelques études pour convaincre les autorités de sûreté, notamment celles portant sur la tenue aux séismes de ses installations. Le tremblement de terre du Teil est passé par là. Réchauffement oblige, l’industriel devra mettre à jour ses études de sûreté en situation de «grand chaud».



[1] Sorte de lave radioactive qui s’échapperait d’un réacteur en fusion.