Nucléaire: Beloyarsk annonce-t-il le retour des neutrons rapides

Le 04 juillet 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Beloyarsk 4 : le plus puissant des RNR en service.
Beloyarsk 4 : le plus puissant des RNR en service.
Rosatom

Près de 20 ans que cela n’était pas arrivé. Vingt-huit ans après le démarrage de sa construction, la 4e tranche de la centrale nucléaire de Beloyarsk (Russie) a enfin été mise en service, cette semaine. D’une capacité de 789 MWe, précisément, ce réacteur n’est pas tout à fait comme les autres. Utilisant le sodium liquide comme fluide caloporteur, Beloyarsk 4 est un réacteur à neutrons rapides (RNR), une technologie jadis utilisée par le CEA et EDF, pour ses réacteurs Phénix et Superphénix, aujourd’hui en cours de démantèlement. Depuis le démarrage du réacteur de Monju (Japon), en 1995, aucun RNR n’a été mis en service dans le monde.

Promesses non tenues

Prometteuse, la filière des réacteurs rapides n’a jamais été à la hauteur des espoirs que les électriciens ont placés en elle. Ses deux principaux atouts sont  de convertir en énergie jusqu’à plus de 80 % du combustible et d’être un réacteur plutonigène. Cette dernière caractéristique lui permet, en théorie, de produire plus de combustible qu’il n’en consomme. Ce qui permet de multiplier par 70 les réserves de combustibles, martèlent les physiciens.

Sacré sodium

Son principal défaut est d’utiliser du sodium liquide. Circulant dans le circuit primaire à très haute température, ce métal liquide s’enflamme spontanément au contact de l’air et peut exploser en présence d’eau. Ce qui complique singulièrement la tâche de l’exploitant et des sauveteurs en cas de fuite. Superphénix a été victime de deux fuites de sodium liquide, en 1987 et 1990, ce qui a largement contribué à ternir l’image du plus gros RNR commercial du monde.

32 ans, sans incident

Rosatom, l’exploitant des centrales nucléaires russes, connaît bien les RNR. A quelques centaines de mètres de son dernier-né, il opère un réacteur du même type, de moindre puissance. D’une capacité de 560 MW, Beloyarsk 3 fonctionne depuis 32 ans, sans incident majeur. Mieux, il bat régulièrement les records de productivité du parc nucléaire russe.

Contrairement à ses prédécesseurs, Beloyarsk 4 ne sera pas piloté pour produire plus de plutonium qu’il n’en consomme, mais pour en «brûler». Chargé en combustible Mox (un mélange d’uranium appauvri et de plutonium) devra consommer du plutonium d’origine militaire, conformément à l’accord de désarmement conclu entre la Russie et les Etats-Unis en avril 2010.

Ultra minoritaires dans le parc mondial, les RNR effectuent un retour en grâce. L’Inde et la Chine bâtissent trois réacteurs rapides, d’origine russe. La Russie, justement, prépare, toujours à Beloyarsk, la construction d’une tranche de 1.200 MW. 

Par ailleurs, le consortium international Génération IV, chargé de mettre au point les réacteurs nucléaires du futur travaille sur trois concepts de «rapides». Dans ce cadre, la France achève le développement d’un prototype de 600 MWe. Baptisé Astrid, ce lointain descendant de Superphénix doit, en principe, être couplé au réseau aux alentours de 2020.



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