Nouvelles frappes contre la politique européenne de soutien aux agrocarburants

Le 09 septembre 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les palmiers à huile sont souvent plantés sur des terrains déforestés.
Les palmiers à huile sont souvent plantés sur des terrains déforestés.
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Alors que le Parlement européen modifie les conditions du soutien communautaire aux agrocarburants, les critiques continuent de pleuvoir sur les carburants d’origine végétale de première génération.

Les combats redoublent souvent d’intensité, à mesure qu’une échéance importante approche. Et les agrocarburants ne font pas exception à ce principe. Mercredi 11 septembre, le Parlement européen, réuni en session plénière, devrait voter une modification importante de la politique de soutien aux carburants d’origine végétale, encadrée par la directive Energies renouvelables.

Comme souvent, les propositions des commissions Environnement et Industrie s’affrontent. La première a adopté, le 11 juillet dernier, le principe de limiter à 5,5% la part d’agrocarburants de première génération mélangés aux carburants fossiles d’ici 2020. L’«industrie» veut, elle, limiter à 6,5% ce quota. Soit 1,5% de mieux que ce que préconise la Commission européenne.

Quoi qu’il en soit, le cadre réglementaire européen des agrocarburants devrait être quelque peu modifié. Le paquet Energie-climat de 2008 impose aux 28 que 10% de leurs carburants soient d’origine végétale d’ici 2020. Un objectif très contesté depuis de nombreuses années.

 

Près de 19 milliards d’euros de subventions annuelles

 

Nombre d’études minorent, en effet, leur bilan climatique. L’institut international de recherche sur les politiques alimentaires estime ainsi que le bilan carbone du biodiesel produit à partir des huiles de palme, de colza et de soja est supérieur à celui du… gazole. Un rapport du Fonds monétaire international fait le lien entre développement des agrocarburants et montée des prix de certaines denrées alimentaires. Affirmation corroborée par une étude publiée, en juin dernier, par le groupe d’experts de haut niveau de la FAO. Sans compter le coût des subventions, évalué par l’OCDE (au niveau mondial) à 25 milliards de dollars (18,9 Md€) par an à l’horizon 2017.

Ces jours derniers, le bilan s’est encore alourdi. Dans un rapport mis en ligne la semaine dernière, l’institut international du développement durable montre que l’Europe utilise de plus en plus d’huile de palme d’origine asiatique pour alimenter nos voitures. Entre 2006 et 2012, ces importations ont plus que triplé, atteignant 1,9 million de tonnes en 2012. Ce chiffre pourrait atteindre 3,9 Mt par an d’ici 2020.

 

L’impact du changement d’affectation des sols

Problème, l’extension des cultures de palmiers à huile (essentiellement cultivés par l’Indonésie et la Malaisie) se fait au détriment des forêts tropicales. En mettant à nu le sol, en drainant les zones humides et en brûlant la tourbe pour faire place nette, les forestiers relâchent d’importants volumes de carbone, jadis stockés par la forêt pluvieuse. Impact indirect de la consommation d’agrocarburants, le changement d’affectation du sol contribue au renforcement de l’effet de serre. L’an passé, deux études, commandées par l’Ademe, avaient déjà pointé l’impact de ce changement d’affectation des sols dans la production des carburants d’origine végétale. La commission Environnement du Parlement européen préconise d’ailleurs de prendre en compte des émissions liées au changement indirect d’affectation des sols (ILUC) dans la comptabilité des réductions de gaz à effet de serre attribuables aux agrocarburants.

Deuxième salve, tirée cette fois par le centre de recherche commun (JRC). Peu connu, cet organe est le conseil scientifique de la Commission européenne. Dans une remise à jour d’une étude vieille de trois ans, le JRC évalue les conséquences d’une diminution du soutien européen (6 Md€/an, environ) aux agrocarburants de première génération. Résultats: une baisse des prix des denrées alimentaires (huiles et céréales, notamment) en Europe et dans le reste du monde. Côté affectation des sols, ce sont près de 6 millions d’hectares (dont un million dans les pays producteurs d’huile de palme) qui se trouveront sans débouchés. Allégeant d’autant la pression exercée sur les forêts tropicales indonésiennes ou malaises.



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