Nouvelle route de la soie: le commerce au détriment de l’environnement

Le 17 mai 2018 par Romain Loury
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La saïga, l'une des espèces menacées par le projet
La saïga, l'une des espèces menacées par le projet

La nouvelle route de la soie inquiète: visant à améliorer les liaisons routières, ferroviaires et maritimes en Eurasie, ce mégaprojet chinois pourrait occasionner des dommages importants à l’environnement, redoutent des chercheurs dans une tribune publiée par Nature Sustainability.

 

C’est un projet peu connu du grand public, mais qui en dit long sur les visées géopolitiques et commerciales d’une Chine se rêvant première puissance mondiale: la «nouvelle route de la soie», dévoilée en 2011 pourrait bouleverser le commerce mondial.

Routes, train, bateau

Officiellement nommé «Initiative route et ceinture» (BRI, pour Belt and Road Initiative en anglais), ce projet vise à relier l’Asie, l’Europe et l’Afrique par un immense réseau alliant routes, ports maritimes et trains à grande vitesse. Pour ces derniers, l’objectif serait ainsi de relier Londres à Pékin en moins de 48h, en passant notamment par la Russie et le Kazakhstan.

Une soixantaine de pays concernés

Au-delà de la Chine, 64 autres pays seront impliqués dans le projet. Parmi eux, plusieurs pays africains dont le projet prévoit un raccordement par voie ferrée aux ports de l’est du continent: la Chine a ainsi participé au financement et à la construction de la voie Djibouti-Addis-Abeba. Egalement en vue, la construction de gazoducs et d’oléoducs approvisionnant la Chine à partir de Russie, du Kazakhstan ou de Birmanie.

Une menace pour la faune sauvage

Le projet inquiète fortement les experts de l’environnement, et ce à plusieurs titres. Dans une tribune publiée par Nature Sustainability, plusieurs chercheurs internationaux (d’Australie, Chine, Canada, Allemagne, Etats-Unis, Portugal) y voient une menace pour la biodiversité: les routes accroissent la mortalité de la faune sauvage, la fragmentation de l’habitat, la pollution (chimique, sonore, lumineuse) et le risque d’introduction d’espèces invasives (voir encadré).

Fin avril, une conférence internationale sur les ravageurs agricoles et le changement global (réchauffement, mondialisation) s’est tenue à Paris. Parmi les interventions prévues, l’une avait trait à la gestion des introductions en Chine du fait de la nouvelle route de la soie. Hélas: l’intervenant, un chercheur de l’Académie chinoise des sciences agricoles, ne s’est finalement pas présenté.

En mai 2017, le WWF dressait un tableau inquiétant des impacts de ce projet: selon l’association, ces corridors commerciaux empièteraient sur le territoire de 265 espèces menacées, dont 81 en danger et 39 en danger critique d’extinction, parmi lesquels les antilopes saïgas (seule antilope eurasiatique), le tigre et le panda. En tout, 32% de l’ensemble des aires protégées des pays traversés par ces routes pourraient être touché.

Matériaux et énergie

Outre le risque pour la faune et les paysages, les chercheurs évoquent les quantités gigantesques de matériaux et d’énergie engouffrés par le projet. En particulier d’énergies fossiles, de sable et de calcaire, nécessaires à la production de ciment et de béton -d’importantes sources d’émissions de gaz à effet de serre.

Selon les chercheurs, tout projet mené dans le cadre de cette nouvelle route de la soie devra faire l’objet d’une étude d’impact environnemental. Un véritable défi alors que le projet implique un nombre élevé d’acteurs, publics et privés, issus de pays au niveau de développement très variable.



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