Nouvelle menace sur le lynx ibérique

Le 12 février 2015 par Romain Loury
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Environ 250 lynx ibériques en 2010
Environ 250 lynx ibériques en 2010
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En Espagne comme en France, le lapin de garenne se trouve décimé par l’arrivée d’un nouveau variant de la maladie hémorragique virale (VHD). Or l’animal constitue l’essentiel du régime du lynx ibérique, qui en ressent d’ores et déjà les effets, selon une étude espagnole publiée dans la revue Emerging Infectious Diseases.

Pour la première fois identifiée dans des élevages chinois en 1984, la VHD est apparue en France en 1988. Rapidement contrôlée à l’aide d’un vaccin, cette maladie très contagieuse est désormais la première cause de mortalité chez le lapin de garenne. Or un nouveau variant est apparu dans un élevage du Pas-de-Calais en août 2010, suscitant de nouvelles craintes.

De signes cliniques similaires, cette maladie touche les animaux à un plus jeune âge, parfois dès une dizaine de jours. S’il dispose de son propre vaccin depuis 2013, ce nouveau variant s’est lui aussi rapidement étendu aux lapins de garenne, d’abord en France puis à d’autres pays européens, y remplaçant même les souches originelles.

Son taux de mortalité est certes moindre qu’avec la VHD classique (30 à 40% en élevage, contre 90% avec la forme classique), mais avec de fortes variations locales, explique au JDLE Ghislaine Le Gall-Reculé, du laboratoire de Ploufragan-Plouzané de l’Anses [1], première chercheuse à l’avoir caractérisée. Et des études suggèrent même une récente hausse de sa virulence.

L’Espagne touchée en 2011

Parmi les pays touchés, l’Espagne a recensé son premier cas en élevage dès 2011, la maladie s’étant étendue à l’ensemble du territoire en 2012, rappellent Miguel Delibes-Mateos, de l’Institut de recherche sur les ressources cynégétiques (Ciudad Real), et ses collègues dans Emerging Infectious Diseases. Par endroits, la population de lapins a ainsi chuté de plus de 80% depuis l’arrivée du nouveau variant.

Ce qui n’est pas sans conséquence pour ses prédateurs, notamment le lynx ibérique (Lynx pardinus), dont le régime se compose à plus de 80% de lapin. Réduit à environ 160 individus en Andalousie en 2005, contre 100.000 au début du XXème siècle, le lynx ibérique a fortement souffert des épidémies de myxomatose dans les années 1950, de VHD dans les années 1980-1990, ainsi que de la fragmentation de son territoire par les routes.

Une chute des naissances

Si ces dernières années ont laissé espérer une hausse des effectifs, avec 250 individus estimés en 2010, les toutes dernières tendances sont inquiétantes. De 78 en 2012, le nombre de petits lynx nés dans le parc national Doñana, l’un des deux sites andalous où le félin subsiste avec le parc national de la Sierra d’Andújar, est tombé à 54 en 2013. Cette même année, 14 lynx ont été fauchés par des voitures, contre 7 en 2012, le lynx étant obligé de plus se déplacer afin de trouver sa pitance.

La situation est bien moins critique pour le lynx boréal (ou lynx d’Eurasie, Lynx lynx), estimé à environ 150 individus entre le Massif central, le Jura et les Alpes, qui se nourrit avant tout de chevreuils et de chamois. Quant aux autres carnivores, «on observe souvent une chute de la densité de renards lorsque les populations de lapins déclinent», mais le canidé se rabat plus aisément sur d’autres proies que le lynx ibérique, indique Ghislaine Le Gall-Reculé.

[1] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.



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