Nouvelle-Calédonie: un projet pas très nickel

Le 27 juin 2006 par Laure Pollez
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nouvelle caledonie 18
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Le projet Goro Nickel  porté depuis 1998 par le Canadien Inco pour exploiter les mines de nickel au sud de la Nouvelle-Calédonie n'est pas prêt de voir le jour. La récente annulation de l'arrêté d'autorisation ravive les oppositions.

«La bataille juridique est engagée». Encouragé par un récent arrêt du tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie, annulant, mercredi 14 juin, l'autorisation d'exploitation d'une usine de nickel dans le sud de l'archipel par la société canadienne Inco, Alexandre Genko, avocat du cabinet Alter Legis, promet un véritable bras de fer. Le tribunal a en effet reconnu que l'étude d'impact qui avait fondé la décision d'autorisation était «insuffisante». L'opposition des habitants kanaks de la région de Goro, qui gronde depuis 2002 au sein du comité Rhéébu Nuu («l'oeil du pays»), devrait s'amplifier après cette première victoire. La lutte s'annonce rude entre la multinationale, devenue leader mondial de la production de nickel par sa fusion avec Phelps Dodge et Falconbridge annoncée lundi 26 juin, et les associations. «Il y a clairement un problème de ressources pour opérer le pilonnage juridique systématique que nous envisageons», souligne Alexandre Genko.

Une seconde offensive est d'ores et déjà lancée: le 30 mars dernier, Rhéébu Nuu a adressé une demande d'annulation de la défiscalisation dont bénéficie le projet au ministre en charge de l'économie, Thierry Breton. Le projet a été agréé le 30 décembre 2004 par le ministère chargé des finances (Minefi) pour entrer dans le dispositif Girardin de soutien aux investissements Outre-Mer. Le montant de l'enveloppe fiscale est de 481 millions de dollars (383 millions d'euros), ce qui se traduit par une réduction de l'imposition de la société de 160 millions d'euros. L'association Sherpa, autre soutien du comité Rhéébu Nuu, relève qu'un des anciens ministres en charge du dossier, Francis Mer, a intégré ensuite le bureau directeur d'Inco, en 2005.

Ce «cadeau fiscal» est inadmissible pour André Vama, président du comité Rhéébu Nuu, qui veut attirer l'attention du contribuable français, en ces temps de rigueur budgétaire. Il dénonce le soutien de l'Etat français à une «usine poubelle». L'argumentaire s'appuie sur l'enquête publique menée par Eugène Trombone, en 2004, mandaté par la province sud de Nouvelle-Calédonie. Celui-ci constatait que «les rejets atmosphériques prévus sont 3 fois supérieurs à la norme pour les NOx (oxides d'azote) et 5 fois supérieurs pour le dioxyde de soufre (SO2)», et que «le manganèse, dont la concentration prévue est de 100 milligramme par litre (mg/l), c'est-à-dire 100 fois la norme admise, est susceptible de poser un problème». Le comité rappelle qu'un premier versement de 41 millions de dollars (33 millions d'euros) a déjà été effectué par le Trésor public vers Goro Nickel en vertu de ce dispositif, et qu'un second versement de 49 millions de dollars (39 millions d'euros) est prévu d'ici la fin de l'année.

Le projet de construction d'une usine de minerai de nickel et de cobalt dans le sud de la Nouvelle-Calédonie, qui détiendrait un quart des réserves recensées sur la planète, pose une question majeure quant au développement de l'archipel. Une telle usine permettrait de valoriser une richesse de plus en plus convoitée vue l'augmentation constante de la demande: sur les 40 dernières années, la croissance de la consommation mondiale de nickel s'est établie autour de 4% par an. L'Agence française de développement (AFD), par exemple, voit les actuels grands projets du secteur du nickel (Goro Nickel au sud, mais aussi Koniambo au nord) comme «une réelle opportunité pour le développement à long terme de l'économie calédonienne», synonyme d'emplois, de valeur ajoutée et de comblement des déficits extérieurs.

Des arguments que nient en bloc les opposants au projet Goro Nickel. Selon eux, ce projet est un projet néocolonialiste qui ruinerait l'écosystème fragile de l'île. Il aurait des impacts désastreux au niveau local (André Vama rappelle que les effluents des usines menacent directement le «garde-manger» de la population locale), comme au niveau global (la région est reconnue comme l'un des points hauts de la biodiversité sur terre). L'impact social serait également peu favorable: le projet reposerait sur une main d'oeuvre étrangère et mettrait en danger l'activité touristique. «Ce projet pourrait être profitable, personne ne le nie», reconnaît Samira Daoud, de l'association Sherpa, «mais pas dans ces conditions».




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